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  • Mineurs délinquants : la proposition de loi Attal

    Mineurs délinquants : la proposition de loi Attal

    Les débats parlementaires relatifs à la proposition de loi (PPL) de Gabriel Attal visant à restaurer l’autorité de la justice à l’égard des mineurs délinquants et de leurs parents ont commencé mercredi soir et ont abouti à un vote jeudi, lequel a réintroduit la comparution immédiate des mineurs ainsi que l’inversion du principe de l’atténuation de peine, qui devient une exception pour les plus de 16 ans.

    Nous avons été entendus à l’Assemblée nationale le 19 novembre dernier, et fait part de nos réserves.

    La commission des lois du Sénat, en l’absence d’une partie de ses membres, avait profondément modifié le texte initial de la PPL Attal, donnant plus de souplesse aux magistrats dans le recours à la procédure « d’audience unique », qui déroge à la césure, écartant ainsi la mise en œuvre d’une comparution immédiate dérogatoire. Elle avait également écarté les dispositions visant à restreindre le champ de la minoration de peine (« excuse de minorité »). Les commentateurs politiques s’attendent cependant à ce que la loi soit « durcie » par la majorité sénatoriale à l’occasion de la navette.

    Le garde des Sceaux a fait des annonces ce matin, 14 février 2025, et a notamment proposé :

    • une mesure de couvre-feu judiciaire pour les mineurs délinquants,
    • une sanction lorsqu’une mesure éducative n’est pas respectée,
    • le renforcement de l’usage du bracelet électronique voire son extension aux moins de 16 ans,
    • la création d’une injonction d’assistance éducative pour les parents
    • des assesseurs « jurés populaires » dans les juridictions répressives pour mineurs.

    Si les magistrats ne font pas la loi, ils l’appliquent et parfois, l’interprètent. Leur connaissance des sujets judiciaires, qui peut déboucher sur des évolutions jurisprudentielles ou des demandes d’évolution législative, méritent d’être prise en compte. L’USM, syndicat majoritaire et apolitique, entend donner un avis technique – et non politique – sur les mesures proposées rappelant que la très grande majorité des professionnels de l’enfance en danger et délinquante n’ont pas émis le souhait d’une nouvelle réforme, la dernière – le code de justice pénale des mineurs (CJPM) – remontant à 3 ans (septembre 2021).

    Les outils juridiques adéquats, issus du CJPM, existent et répondent à la plupart des situations dénoncées, mais ils souffrent avant tout du manque de personnels judiciaires, éducatifs et pénitentiaires ainsi que de moyens adaptés pour les mettre efficacement en œuvre et produire, tout à la fois, une justice de qualité dans un temps raisonnable, tout en respectant les nécessaires spécificités de la justice des mineurs.

    A l’analyse, cette proposition de réforme fait opportunément l’impasse sur les conséquences des carences des décideurs et pouvoirs publics en termes de moyens de la justice des mineurs et se garde de s’attaquer aux maux de l’assistance éducative, pour laquelle l’Etat et les collectivités se sont affranchis de leurs obligations de diligence et de moyens. Ainsi, il faut souvent près ou plus d’un an pour mettre en œuvre une mesure d’assistance éducative prononcée par un juge des enfants, la situation du mineur en danger ne pouvant que s’aggraver pendant ce délai, sachant qu’un mineur en danger est, plus que tout autre, susceptible d’être victime de faits parfois graves, ou de devenir à son tour dangereux.

    Intervenir, prendre en charge et juger plus vite au pénal, pour quoi faire ? si la phase post sentencielle ne bénéficie pas d’une meilleure prise en charge que l’actuelle phase de mise à l’épreuve éducative.

    L’USM est présente dans les médias pour faire valoir encore et toujours sa position : notre justice des mineurs à besoins de stabilité juridique et de moyens, de lieux d’accueil, d’éducateurs, d’agents pénitentiaires, de magistrats et de greffiers pour remplir correctement sa mission.

    Ces professionnels impliqués ont besoin du soutien de la représentation nationale et de nos concitoyens pour choisir et individualiser la meilleure réponse pénale mais également mettre en œuvre une assistance éducative efficace, rapide et concrète pour une meilleure prévention du basculement vers la délinquance.

    Toute réforme, qu’elle soit considérée comme « sécuritaire » ou « laxiste », « exigée par l’opinion publique » ou « découlant d’un bon sens », ne peut pas faire l’économie de ces réalités. Notre jeunesse en danger, que celui-ci soit subi par les mineurs ou retourné sous forme de violence contre la société dont ils sont issus, en a besoin.

    Vous retrouverez nos principaux passages ci-dessous :

    Apolline de Malherbe RMC 6h45

    https://rmc.bfmtv.com/replay-emissions/apolline-matin/3-questions-pour-comprendre-vers-un-durcissement-de-la-justice-des-mineurs-12-02_VN-202502120160.html

    France info TV 8h30

    https://www.francetvinfo.fr/societe/justice/justice-face-a-la-hausse-des-mineurs-delinquants-les-outils-existent-et-il-faut-pouvoir-avoir-les-moyens-de-les-mettre-en-uvre-utilement-explique-ludovic-friat_7069967.html

    BFM 12h50

    https://www.bfmtv.com/police-justice/proposition-de-loi-sur-la-justice-des-mineurs-aujourd-hui-nous-n-avons-pas-les-moyens-estime-un-magistrat_VN-202502120464.html

    France info TV 14h50

    https://www.francetvinfo.fr/replay-jt/franceinfo/le-14h-16h/jt-le-14h-16h-mercredi-12-fevrier-2025_7070499.html (à partir de 1h06min sur la vidéo)

    Nous avons également été interrogés et cités par la presse écrite, notamment ici.

    Relisez également notre dernier article sur ce sujet : Réformer la justice des mineurs : stop ou encore ? – Union Syndicale des Magistrats 

    Et retrouverez nos précédentes communications :

  • L’USM soutient la mobilisation de la PJJ

    L’USM soutient la mobilisation de la PJJ

    Quels moyens pour le suivi des mineurs ?

    Nous vous avions alertés dès le 29 août dernier : les personnels de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) sont confrontés depuis le 31 juillet à une crise sans précédent à la suite des annonces de la directrice de la PJJ de ne pas renouveler 500 postes d’agents contractuels. Conséquence mathématique logique mais inhumaine de cette décision : les délais de prise en charge des mesures ordonnées par la justice, déjà au-delà du raisonnable, augmenteront, laissant sans suivi des milliers de mineurs et dégradant encore plus les conditions de travail des agents du ministère.

    Malgré une mobilisation syndicale estivale et le déblocage d’une enveloppe de 3 millions d’euros par le garde des Sceaux pour assurer le renouvellement d’une partie de ces contrats, l’administration maintiendra son cap, laissant la PJJ dans le flou le plus total.

    En attendant, la situation sur le terrain reste catastrophique. L’USM a récemment été entendue devant une commission parlementaire (qui n’a pu terminer ses travaux du fait de la dissolution de l’Assemblée nationale) pour dénoncer l’abandon des politiques de protection de l’enfance : relisez notre article « Protection de l’enfance, enfin une priorité ?« . La protection de l’enfance est confrontée à des difficultés devenues structurelles : manque de personnels, jugements non exécutés, effondrement de la pédopsychiatrie… 

    La protection de l’enfance constitue pourtant un enjeu majeur de toute démocratie et la qualité de celle-ci reflète l’importance accordée aux plus vulnérables. Comme en matière de soins, une prise en charge précoce est gage d’une meilleure réussite !

    C’est pourquoi l’USM apporte son soutien total aux agents de la PJJ et s’associe pleinement à leurs revendications.

    Comme annoncé le 17 septembre, nous soutenons le mouvement de la PJJ et invitons les collègues qui le souhaitent à se joindre aux rassemblements qui auront lieu devant les juridictions sur l’ensemble du territoire, notamment sur le parvis du tribunal judiciaire de Paris aux Batignolles ce jeudi 19 septembre à partir de 12h. Venez nombreux !

    Vous pouvez lire ci-dessous le communiqué commun UNSa Justice et USM :

  • Protection de l’enfance, enfin une priorité ?

    Protection de l’enfance, enfin une priorité ?

    Une commission d’enquête parlementaire sur les manquements des politiques de protection de l’enfance a été créée le 9 avril dernier, présidée par Madame Laure Miller (Renaissance, Marne) et dont la rapporteure est Madame Isabelle Santiago (Socialistes et apparentés, Val de Marne). Le bureau de l’USM a été entendu le 30 mai 2024 par cette commission, lors d’une audition filmée et diffusée en direct sur la chaine parlementaire. Retrouvez ici la vidéo de notre audition en intégralité. 

    Nous nous sommes d’abord réjouies de ce que les parlementaires enquêtent à leur tour et après l’inspection générale des affaires sociales et de la santé (lire les différents rapports ici) sur ce sujet sensible et trop invisibilisé par d’autres débats sociétaux. 

    Cette longue et dense audition nous a permis de dénoncer l’urgence d’une réforme systémique de la protection de l’enfance, et de porter à la connaissance des membres de la commission nos nombreuses observations issues principalement du terrain :  

    • ni la décentralisation ni la déjudiciarisation voulues par le législateur n’ont produit les effets souhaités ;  
    • les saisines judiciaires ne cessent d’augmenter, ce qui entraîne une charge de travail très lourde pour les cabinets de juges des enfants ;  
    • le parcours des enfants placés reste toujours aussi chaotique et aléatoire, faute de moyens suffisants et d’une grave crise du travail social et de la prévention ;  
    • la non-exécution ancienne et scandaleuse des décisions de justice en matière d’assistance éducative constitue une véritable inégalité devant la loi et la protection due aux plus vulnérables ; 
    • le manque total de transparence des départements sur ce sujet n’est plus admissible ; 
    • le système global doit donc être repensé, car il en va de la santé et de l’équilibre des adultes de demain. 

    Force est de constater que les politiques publiques n’ont pas fait de la prévention et de la protection des mineurs une priorité absolue alors que dans le même temps, le focus ne cesse de se porter sur la délinquance des mineurs ; ce constat d’échec doit tous et toutes nous interpeler, car la protection de l’enfance constitue le meilleur rempart contre les dérives de la délinquance et de la désinsertion. 

    Nous vous invitons à lire notre note complète à télécharger ici.