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  • Menaces sur l’indépendance de la justice en Italie

    Menaces sur l’indépendance de la justice en Italie

    La rapporteure spéciale à l’ONU alerte.

    Le 23 octobre 2025, la Rapporteure spéciale sur l’indépendance des magistrats et des avocats à l’ONU a écrit au Gouvernement italien à propos d’un projet de réforme constitutionnelle présenté le 29 mai 2024, modifiant les articles 102, 104 et 105 de la Constitution italienne, qui définissent l’organisation du pouvoir judiciaire.

    Derrière la déclaration d’intention du gouvernement italien d’améliorer l’impartialité, d’éviter les conflits d’intérêts et de renforcer la confiance du public, la Rapporteure spéciale exprime ses préoccupations au regard des normes internationales relatives à l’indépendance de la justice.

    Lisez ici le courrier dans son intégralité.

    Retrouvez aussi ici la tribune de Ludovic Friat, président de l’USM, relayant les propos du procureur général Rémy Heitz à l’occasion de l’audience solennelle de la Cour de cassation, qui appelait de ses vœux, de manière pressante, la réforme constitutionnelle du statut du parquet dans le contexte de la multiplication des régimes dits « illibéraux ».

    Dans cette lettre du 23 octobre 2025, la rapporteure spéciale examine différents aspects du projet de réforme constitutionnelle italien.

    1. Séparation des carrières au siège et au parquet

    Le projet sépare définitivement les carrières des juges et des procureurs, empêchant les passages d’une carrière à l’autre.

    Il crée deux Conseils supérieurs distincts.

    La Rapporteure met en garde contre le risque que cette séparation :

    • affaiblissement de l’indépendance du ministère public,
    • risque de pressions externes accrues sur les juges et les procureurs.

    Elle insiste sur la nécessité de préserver une composition du CSM garantissant l’indépendance, notamment une majorité de magistrats élus par leurs pairs, conformément aux standards européens.

    2. Nouveau système de sélection par tirage au sort

    Le projet introduit un tirage au sort pour une partie des membres des nouveaux Conseils.

    SI le processus manque encore de détails, pour la Rapporteure, ce mécanisme :

    • réduit la légitimité démocratique des Conseils,
    • affaiblit le rôle des pairs dans la sélection,
    • ne garantit pas la compétence, l’intégrité et l’indépendance requises.

    3. Création d’une Haute Cour disciplinaire

    Le projet retire aux Conseils supérieurs leur compétence disciplinaire et crée une Haute Cour disciplinaire de 15 membres.

    Les appels seraient examinés par cette même Cour, plutôt que par la Cour de Cassation.

    Elle juge ce point très préoccupant, car :

    • l’absence d’un organe d’appel indépendant viole les standards internationaux,
    • cela pourrait porter atteinte à l’indépendance judiciaire.

    4. Rappel des normes internationales

    La lettre rappelle :

    • Le droit à un procès équitable et à un tribunal indépendant et impartial.
    • Les principes fondamentaux sur l’indépendance des juges et le rôle des procureurs.
    • L’importance de :
      • procédures de nomination non politiques,
      • d’une sélection fondée sur le mérite, l’intégrité et la compétence,
      • garanties de réexamen indépendant des sanctions disciplinaires.

    5. Questions adressées au gouvernement italien

    La Rapporteure demande au gouvernement italien :

    • Tout commentaire ou information supplémentaire sur la réforme.
    • Comment les amendements garantissent la conformité avec les obligations internationales de l’Italie.
    • Quelles mesures ont été prises pour revoir la réforme à la lumière de ses observations.

      En conclusion, elle invite le gouvernement italien à revoir attentivement le projet afin de renforcer, et non affaiblir, l’indépendance de la justice.
      Elle réaffirme sa disponibilité pour un dialogue technique.

    1. Sanctions américaines contre le juge français de la CPI

      Sanctions américaines contre le juge français de la CPI

      Lors du congrès de l’USM le 10 octobre 2025, Nicolas Guillou, juge français de la Cour pénale internationale (CPI), élu en décembre 2023, et présidant la Chambre préliminaire I sur la situation dans l’Etat de Palestine, est venu témoigner de sa mise sous sanctions par les États-Unis depuis août 2024. Il alerte sur les conséquences concrètes de ces sanctions et sur les menaces qu’elles font peser sur l’indépendance de la justice internationale et européenne.

      I. L’impact pratique des sanctions américaines

      De telles sanctions, initialement destinées à lutter contre le terrorisme ou le crime organisé, touchent aujourd’hui neuf magistrats de la CPI, avec des effets sur leur vie personnelle et quotidienne. Ces sanctions peuvent durer indéfiniment, créant une incertitude et une pression psychologique permanentes.


      II. Ce que révèlent les sanctions sur l’État de droit en Europe

      Ces sanctions révèlent la puissance extraterritoriale américaine, le déficit de souveraineté européenne. D’autres magistrats sont déjà concernés et des sanctions pourraient viser des juges européens dans des affaires économiques, fiscales ou pénales sensibles.


      III. Les réponses à apporter face à cette menace

      Les magistrats doivent rester indépendants et ne pas adapter leurs décisions par peur des sanctions. Il faut se souvenir du rôle central de la magistrature dans la démocratie et les droits humains, se situer dans une continuité historique de résistance face aux attaques contre l’État de droit, renforcer la solidarité au niveau international, informer et sensibiliser les citoyens aux dangers de ces attaques contre l’indépendance de la justice (impunité pour les puissants, corruption généralisée, recul des libertés).

      Conclusion

      Nous entrons dans une nouvelle ère mondiale marquée par l’instabilité, la remise en cause du multilatéralisme et la contestation croissante de la justice internationale par certains États. Les magistrats doivent garder espoir, défendre les valeurs démocratiques et faire vivre leur serment.

      « Dans un monde régi par la force, ce sont les militaires qui résistent.
      Dans un monde régi par le droit, ce sont les magistrats qui sont en première ligne. »

      Retrouvez le discours intégral prononcé par Nicolas Guillou lors du congrès de l’USM à Paris le 10 octobre 2025 ci-dessous :

    2. Journée mondiale de la justice internationale et hommage au juge Falcone

      Journée mondiale de la justice internationale et hommage au juge Falcone

      A Cracovie, Pologne, le 23 mai 2025

      L’USM, représentée par Nathalie Leclerc-Garret, qui avait participé à la Marche des 1000 Robes en Pologne le 11 janvier 2020, a été invitée par la section locale de l’association des juges polonais Iusticia, à participer à la célébration de la Journée mondiale de la justice internationale, le 23 mai 2025, lors d’une conférence sur l’organisation du système judiciaire et la communication entre les tribunaux et les citoyens, organisée par l’École nationale de la magistrature et du ministère public, le Tribunal régional de Cracovie, la Cour d’appel de Cracovie et la section de Cracovie de l’Association des juges polonais Iustitia.

      Cette conférence a réuni des représentants du pouvoir judiciaire de Pologne et de l’étranger et a été l’occasion de riches échanges avec des magistrats polonais. Les participants ont été accueillis par la Vice-Présidente du Tribunal régional de Cracovie, la juge Katarzyna Serafin Tabor. Ensuite, les juges Waldemar Żurek et Izabela Fountoukidis ont pris la parole au nom de l’École.


      Hommage au juge Falcone, assassiné en 1992 :

      Dans une première partie émouvante, notre collègue italien Rosario Di Gioia a rappelé la figure du juge Giovanni Falcone, assassiné le 23 mai 1992 en Sicile, soulignant son courage et sa détermination dans la lutte contre la mafia. Il a mentionné la citation attribuée à Giovanni Falcone : « Celui qui ne craint pas la mort ne meurt qu’une fois » (italien : « Chi ha paura muore ogni giorno. Chi non ha paura muore una volta sola »), tirée en fait de la pièce Jules César de William Shakespeare « Les lâches meurent plusieurs fois avant de mourir ; les vaillants ne goûtent jamais à la mort qu’une fois ».

      Les paroles du juge Borsellino, assassiné le 19 juillet 1992, moins de deux mois après son collègue et ami Falcone, étaient destinées à refléter la devise qui a guidé le juge Falcone dans son travail et sa vie, indépendamment des menaces, de l’intimidation ou de la première tentative d’attentat à la bombe infructueuse contre sa vie. Il a été rappelé que nos collègues ont  travaillé sans relâche pour l’État de droit. L’idée de l’État de droit perdurera tant qu’il y aura des gens qui le mettront en œuvre.

      Table ronde : De l’efficacité des tribunaux et la primauté du droit  

      La juge Sabine Matejka (Autriche), vice-présidente de l’Association européenne des magistrats (EAJ) et de l’Association internationale des magistrats (IAJ), a présenté les modèles de pondération des affaires utilisés en Europe (provisoirement dénommés AIM et CONTENT). Elle a souligné que la charge de travail appropriée des juges et des tribunaux sert l’objectif plus important de renforcer la confiance du public. Elle a également souligné la nécessité d’une charge de travail équilibrée pour les tribunaux et d’une politique des ressources humaines responsable.

      Le juge Pavol Uhrik (Slovaquie) a présenté le concept d’une carte de l’accès à la justice, en discutant de ses implications pratiques pour le fonctionnement du système judiciaire et des défis auxquels le système judiciaire a été confronté dans son pays lors de la mise en œuvre du projet pilote de la CEPEJ.

      Le président de l’Association germano-polonaise des juges, le juge Thomas Guddat, a présenté les méthodes utilisées en Allemagne pour déterminer la charge de travail des tribunaux, y compris le recours à des cabinets de conseil internationaux.

      À son tour, le juge Damir Kontrec de la Cour suprême de Croatie a discuté des normes-cadres de travail des juges, qui servent à accroître l’efficacité et la prévisibilité de la jurisprudence, ainsi que des aspects pratiques du système de pondération des affaires dans le système croate.

      Table ronde : L’audience publique et la communication avec les citoyens et les médias

      Cette 2e table ronde a été ouverte par le juge Bogdan Jędrys qui a souligné la nécessité de restaurer la confiance en la justice par une communication claire à destination des citoyens et une ouverture à leurs besoins.

      La juge honoraire française  Nathalie Leclerc-Garret de la Cour d’appel de Paris a évoqué les projets en matière de communication judiciaire auprès des citoyens et des justiciables français en réponse à la nécessité de reconstruire la confiance du public dans les institutions judiciaires. Lire l’intervention complète en anglais ici.

      Le juge croate Davor Dubravica a souligné l’importance de la perception de la justice par le public et le rôle de l’attaché de presse, en particulier dans le cadre de la communication avec les médias. Il a esquissé des règles pratiques pour la communication.

      Leonardo Modico s’est concentré sur la coopération entre les tribunaux et les médias en tant qu’outil de transparence et de lutte contre la désinformation.

      Le juge Zbigniew Zgud, quant à lui, a décrit les réalités du travail d’un attaché de presse en Pologne, de la gestion de crise à la coopération quotidienne avec les journalistes.

      À la fin de la table ronde, Izabela Fountoukidis a pris la parole, remerciant les tribunaux de Cracovie et l’Association des juges polonais « Iustitia » pour leur contribution à la construction du dialogue social et à la promotion des normes européennes de justice.

      La juge Katarzyna Gajda-Roszczynialska a résumé les débats de ces deux tables rondes en rappelant que les tribunaux libres sont des institutions efficaces, ouvertes aux citoyens, qui respectent la primauté du droit et qui sont à l’abri de toute pression politique. De tels tribunaux sont la réalisation des rêves de personnes comme Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.

      La conférence a été officiellement clôturée par le président de l’Association polonaise des juges « Iustitia », le juge Bartłomiej Przymusiński, qui a souligné l’importance de l’éducation juridique et de l’engagement social dans l’instauration de la confiance dans le système judiciaire. Cette synthèse a été rédigée avec l’aimable autorisation de Madame la Juge Prof Dr Katarzyna Gajda-Roszczynialsk, représentante de l’association de Iusticia à Cracovie.

      Pour aller plus loin, vous pouvez lire nos articles sur la marche des 1000 robes en Pologne :

    3. L’USM dénonce les attaques contre la justice à travers le monde

      L’USM dénonce les attaques contre la justice à travers le monde

      L’USM a participé au congrès annuel de l’Association européenne des magistrats (AEM), membre de l’Union internationale des magistrats (UIM), qui se tenait à Erevan du 08 au 10 mai. Les débats ont notamment porté sur la situation de nos collègues américains et les attaques inédites par leur ampleur contre le système judiciaire, l’indépendance des juges et l’Etat de droit.

      Pour marquer leur soutien et leur attachement indéfectible aux principes fondateurs de la démocratie, les associations membres de l’AEM ont adopté à l’unanimité et envoyé une lettre de solidarité aux juges américains, dont vous trouverez la traduction française ici et la version originale sur le site de l’UIM (ici).

      Cette lettre fait écho à la motion adoptée par le conseil national de l’USM le 28 mars dernier, dénonçant les attaques contre la justice à travers le monde, et dont le texte est reproduit ci-dessous et la version anglaise consultable ici.

      L’Union syndicale des magistrats, membre fondateur de l’Union internationale des magistrats, réunie à l’occasion de son conseil national du 28 mars 2025, dénonce les politiques de déstabilisation visant les magistrats et les professionnels du droit à l’œuvre dans plusieurs pays.

      L’USM condamne toute interférence du pouvoir exécutif sur le pouvoir ou l’autorité judiciaire au sein des démocraties occidentales.

      Dans ce contexte particulièrement préoccupant, l’USM relève notamment que :

      • pour la première fois dans l’histoire de la Hongrie, les magistrats ont manifesté le 22 février à Budapest pour l’indépendance de la justice et dans l’intérêt de tous les citoyens, en brandissant le slogan « Pas de liberté sans justice indépendante » ;
      • les magistrats italiens ont organisé une journée de grève le 27 février pour dénoncer un projet de réforme constitutionnelle susceptible de porter atteinte à l’équilibre des institutions, dans un contexte de fortes tensions entre le gouvernement et les magistrats, ayant conduit la première présidente de la Cour de cassation à publier un communiqué rappelant que les insultes proférées contre les juridictions ne peuvent être tolérées ;
      • l’association représentant les barreaux américains a publié deux communiqués les 17 février et 24 mars pour dénoncer les mesures prises par l’administration Trump, qui menacent les fondements de la justice, de la démocratie et de l’État de droit tandis que dans un communiqué du 18 mars, le président de la Cour Suprême, John Roberts, rappelait que « depuis plus de deux siècles, il est établi que la destitution n’est pas une réponse appropriée à un désaccord à propos d’une décision de justice (…) la procédure ordinaire d’appel existe à cette fin » ;
      • partout dans le monde, les attaques contre la justice et les difficultés auxquelles sont confrontés les magistrats se multiplient (baisse drastique des rémunérations, réduction des pensions, atteintes à l’inamovibilité des juges, processus électoral défaillant des membres des conseils supérieurs de justice …).

      L’USM rappelle également que des magistrats sont actuellement détenus à travers le monde du fait de leur seule activité juridictionnelle et en violation des droits humains élémentaires, et continue de demander leur libération.

      Alors que la justice française fait également l’objet d’attaques récurrentes, sans réaction systématique ou significative des acteurs institutionnels censés la défendre, l’USM craint un effet domino délétère du contexte international, susceptible de saper durablement les fondements de notre Etat de droit.

      L’USM apporte ainsi son soutien indéfectible aux magistrats et professionnels du droit qui œuvrent quotidiennement pour préserver l’indépendance de la justice, pilier de l’Etat de droit et de la démocratie.

    4. L’USM à Erevan

      L’USM à Erevan

      L’USM, représentée par Alexandra Vaillant et Natacha Aubeneau, a participé au congrès annuel de l’Association européenne des magistrats (AEM) qui se tenait à Erevan en Arménie, en mai 2025.

      L’AEM, plus grande association de magistrats en Europe, comptant 44 pays membres, a pour vocation de promouvoir en Europe les buts de l’Union internationale des magistrats (UIM/IAJ), dont l’USM est membre fondateur : « Sauvegarder l’indépendance du pouvoir judiciaire, condition essentielle de la fonction juridictionnelle et garantie des droits et libertés humains ».

      L’AEM rappelle que l’indépendance judiciaire n’est pas un privilège des juges, mais la garantie pour chaque citoyen d’un procès équitable et d’un État de droit effectif. De nombreuses résolutions ont été adoptées pour la défense de l’indépendance de la justice partout où elle est menacée, quelles qu’en soient les formes. La garantie d’une véritable indépendance matérielle, notamment à travers la préservation de l’indépendance financière par les rémunérations, a été rappelée dans une résolution sur l’indépendance matérielle des magistrats à lire ici.

      Un soutien aux juges américains a également été apporté par l’association européenne des magistrats. Retrouvez ici notre article à ce sujet ainsi que la motion adoptée en interne par l’USM.

      Lisez ici l’article d’Alexandra Vaillant sur les temps forts de ce congrès.

    5. L’Etat de droit n’a pas de prix mais il a un coût.

      L’Etat de droit n’a pas de prix mais il a un coût.

      La Pologne condamnée à payer pour les violations passées de l’Etat de droit.

      Alors que les élections polonaises d’octobre 2023 ont permis de voir renaître une lueur démocratique dans ce pays (voir ici notre précédente publication sur la situation polonaise), les conséquences de la réforme contestée de la Justice en 2019 se font toujours sentir.

      Le 29 mai 2024, la Commission européenne avait pourtant décidé de clore la procédure prévue à l’article 7, paragraphe 1, du traité sur l’Union européenne (TUE), à l’égard de la Pologne, considérant qu’il n’y a plus de risque clair de violation grave de l’Etat de droit au sens de cette disposition.

      Mais le 05 février 2025, le Tribunal de l’Union européenne vient de confirmer, dans les affaires T-830/22, T-156/23 et T-1033/23 Pologne/Commission, que la Pologne devait payer un montant de 320 200 000 euros au titre de l’astreinte prononcée par la Cour de justice au cours de la procédure en manquement susvisée. Le Tribunal considère que la Commission a légitimement procédé à l’exécution de cette astreinte pour la période allant du 15 juillet 2022 au 4 juin 2023.

      Dans le cadre de la procédure en manquement, la CJUE avait contraint la Pologne à suspendre certaines dispositions législatives contestées par la Commission, en lien avec l’Etat de droit, sans exécution par la Pologne, d’où le prononcé ultérieur d’une astreinte journalière à payer à la Commission. En l’absence de paiement de ces astreintes, la Commission a procédé à leur recouvrement par voie de compensation avec différentes créances détenues par la Pologne à l’égard de l’Union européenne. La Pologne a alors saisi le Tribunal et demandé l’annulation des décisions de compensation pour un total de 320 200 000 euros.

      Le Tribunal a rejeté le recours de la Pologne, estimant que la Commission n’avait pas enfreint le droit de l’Union et que ni la jurisprudence de la Cour constitutionnelle polonaise ni l’entrée en vigueur d’une législation postérieure au conflit initial ne permettaient de contester l’existence de la dette elle-même.

      La décision du Tribunal vient rappeler à tous les Etats membres le coût financier d’une violation de l’Etat de droit. Autant d’argent qui n’ira pas à la reconstruction du système judiciaire polonais du fait des violations commises par le gouvernement précédent … Retrouvez ici le communiqué de presse du Tribunal.

    6. L’USM à Cape Town

      L’USM à Cape Town

      L’Union Internationale des Magistrats (UIM) ou International Association of Judges (IAJ) tenait son 66e congrès en octobre 2024 au Cap, en Afrique du sud.

      L’UIM a pour mission de « sauvegarder l’indépendance du pouvoir judiciaire, condition essentielle de la fonction juridictionnelle et garantie des droits et libertés humains ». Elle bénéficie du statut d’observateur auprès de l’ONU et du Conseil de l’Europe. Elle apporte son soutien aux associations membres qui sollicitent son assistance lorsque la justice ou les magistrats de leur pays sont en difficulté. L’UIM se déplace régulièrement dans les pays concernés par une problématique
      relative à l’indépendance judiciaire pour rencontrer les magistrats locaux, les membres des Conseils de justice ainsi que des représentants des pouvoirs législatif et exécutif. Elle donne également des avis sur les projets de loi susceptibles d’affecter les systèmes judiciaires de ses membres.

      Ce congrès réunissait des délégations d’associations de magistrats des 92 pays membres de l’UIM. Une seule association ou un seul syndicat de magistrats peut représenter son pays. L’USM, en qualité de membre fondateur de l’UIM et de l’AEM (groupe européen de cette association mondiale), y représente la France.

      Christophe REGNARD participait à ce congrès en sa qualité de président d’honneur de l’UIM-IAJ, et l’USM y était en outre représentée par Alexandra VAILLANT, Aurélien MARTINI, Natacha AUBENEAU et Catherine VANDIER, membres du bureau national de l’USM.

      Comme rappelé en introduction de ce congrès par la ministre de la justice sud-africaine, la défense de l’État de droit passe aussi par l’éducation ainsi que par le renfort de la coopération entre les magistrats du monde entier, pour un dialogue judiciaire vivant et combatif.

      Pendant tout le congrès, l’USM a participé aux échanges avec les délégations venues du monde entier et a rappelé l’importance de ses actions pour l’indépendance de la justice, l’état de droit et la démocratie, en France comme à l’étranger.

      Des résolutions ont été votées et des prix remis lors de ce congrès pour dénoncer les menaces qui pèsent sur le pouvoir judiciaire dans de trop nombreux pays et féliciter les héros du combat pour l’indépendance de la justice. Car dans certains pays, des magistrats sont directement menacés, démis de leurs fonctions, envoyés dans des camps militaires voire incarcérés ou tués. La rapporteure spéciale des Nations Unies pour l’indépendance des juges et des avocats est venue rappeler sa mission et le rôle central des experts dans la défense de l’institution judiciaire (comptes-rendus directs au Conseil et à l’Assemblée de l’ONU, visite des pays où sont dénoncées des violations récurrentes des droits de l’homme…) avant de conclure que les magistrats ne devraient jamais avoir à devenir des héros.

      Retrouvez les résolutions votées par le groupe européen pour l’Arménie, la Suède, la Bulgarie ou encore la résolution de l’UIM au soutien des magistrats tunisiens qui affrontent une crise profonde de la justice tunisienne depuis la dissolution en février 2022 du Conseil supérieur de la magistrature, suivie de la révocation arbitraire et collective, par un décret présidentiel, de 57 magistrats en juin 2022.

      Lisez l’article d’Alexandra Vaillant publié dans le NPJ n°449.

    7. 66ème congrès de l’Union internationale des magistrats : indépendance de la Justice, Etat de droit, ressources et salaires au coeur des débats

      66ème congrès de l’Union internationale des magistrats : indépendance de la Justice, Etat de droit, ressources et salaires au coeur des débats

      L’USM a participé au 66ème congrès de l’Union internationale des magistrats (UIM), qui se tenait au Cap du 17 au 22 octobre. Le but de l’UIM, organisation internationale professionnelle apolitique, est la sauvegarde de l’indépendance du pouvoir judiciaire, condition essentielle de la fonction juridictionnelle et pilier de l’Etat de droit. Elle regroupe des associations nationales de magistrats des cinq continents (au nombre de 92) luttant activement, soit pour obtenir l’indépendance de la justice, soit pour la renforcer. L’UIM dispose par ailleurs de quatre commissions permanentes d’étude (statuts, droit et procédure civile, droit et procédure pénale, droit public et social).  Sur la base de rapports rédigés par ses membres, les commissions étudient des questions d’intérêt commun pour la justice dans tous les pays.

      Le président de l’association nationale des magistrats sud-africains, JOASA, a appelé dans son propos introductif à l’unité des magistrats. Il a, par ailleurs, indiqué que l’actuelle constitution du pays ne faisait pas référence au pouvoir judiciaire, JOASA se battant pour obtenir une modification constitutionnelle. Il a, ensuite, rappelé que des magistrats étaient actuellement emprisonnés à travers le monde pour avoir seulement accompli leur travail, d’où l’absolue nécessité de continuer à se battre pour l’indépendance de la justice.

      Le respect de l’Etat de droit, pilier de nos démocraties, fut par ailleurs le fil conducteur des différentes interventions de nos hôtes. Duro Sessa, juge à la Cour suprême de Croatie et actuel président de l’UIM, a conclu la première journée du congrès en rappelant que l’Etat de droit était selon lui garant et responsable de la liberté des citoyens, bien plus qu’aucun autre principe. Il a également rendu hommage à notre collègue turc Murat Arslan, toujours emprisonné depuis plus de 8 ans (voir dernier appel de l’USM à sa libération ici).

      En session plénière, ont été évoquées les attaques récurrentes contre l’indépendance de la justice, et notamment :

      en Arménie via la problématique de nominations politiques et d’interventions du pouvoir exécutif dans l’élection et la nomination des magistrats au Conseil de Justice ;

      en Bulgarie à la suite de suspicions de fraude lors des élections électroniques au Conseil de Justice ;

      au Guatemala où des juges et procureurs sont emprisonnés du fait de leurs décisions juridictionnelles ou doivent fuir leur pays ;

      en Argentine où les magistrats font face quotidiennement à des intimidations et menaces d’emprisonnement à raison de leurs décisions juridictionnelles (lire ici la déclaration sur l’Argentine).

      Une attention particulière a été portée à la situation du Mexique. Une réforme constitutionnelle prévoit désormais très largement l’élection de nombreux magistrats. L’UIM craint un effet boule de neige dans la région sud-américaine, le président colombien réfléchissant à son tour à une réforme similaire (retrouvez ici la résolution de l’UIM du 27 août sur la situation des magistrats mexicains).

      La rapporteure spéciale des Nations Unies sur l’indépendance des magistrats et des avocats a évoqué le rôle central des experts dans la défense de l’institution judiciaire (comptes-rendus directs au Conseil et à l’Assemblée de l’ONU, visite des pays où sont dénoncées des violations récurrentes des droits de l’homme …) avant de conclure que les magistrats ne devraient jamais avoir à devenir des héros.

      Comme lors du congrès de l’association européenne des magistrats qui s’est tenu en avril à Varsovie (relire ici notre compte-rendu), nous avons pu visionner le film dédié à la manifestation des 1 000 robes, qui a eu lieu le 11 janvier 2020. La représentante de l’association polonaise Lustitia a profité de cette occasion pour faire un point sur la situation de son pays et apporter une lueur d’espoir. Le changement politique à la suite des élections de 2023 a ainsi permis d’entamer le processus de restauration de l’Etat de droit et d’assurer l’indépendance des magistrats. L’exemple polonais doit néanmoins nous alerter sur les fragilités potentielles de nos institutions et nous rappeler de ne jamais baisser la garde face aux attaques contre l’indépendance de la justice. En hommage à la marche des 1 000 robes, l’UIM maintient sa proposition faite à l’ONU de faire du 11 janvier une journée pour l’indépendance de la Justice dans le monde, proposition soutenue par l’USM (retrouvez notre article en soutien à cette initiative ici).

      S’agissant des rémunérations et pensions, de trop nombreux collègues font toujours ou nouvellement face à des difficultés extrêmes, alors même que le statut universel du juge rappelle dans son article 13 que le juge doit recevoir une rémunération suffisante pour assurer son indépendance économique. Il en est ainsi par exemple en Afrique du Sud (résolution ici) ou encore en Suède (lire la résolution ici).

      Tous les travaux des commissions d’études sont disponibles sur le site de l’UIM :

      • 1ère commission sur les effets de l’intelligence artificielle sur le pouvoir judiciaire ici ;
      • 2ème commission sur les plaidoiries écrites – quand passent-elles d’une aide à un obstacle ? ici ;
      • 3ème commission sur l’évolution rapide de la fabrication de drogues illicites et les défis que ce processus imparable pose à la réussite des poursuites judiciaires ici ;
      • 4ème commission sur l’impact de la révolution numérique sur le marché du travail – économie de plateformes ou petits boulots et intelligence artificielle ici.

      L’UIM a enfin adopté plusieurs résolutions sur la situation globale de la justice en Arménie, en Bulgarie, en Suède, au Pérou et en Tunisie, toutes accessibles sur son site internet, nouvellement rénové https://www.iaj-uim.org/iuw/fr/.

    8. Pour une rémunération adéquate des magistrats

      Pour une rémunération adéquate des magistrats

      Résolution de l’UIM au soutien de nos collègues sud-africains

      L’Union internationale des magistrats (UIM-IAJ, International association of judges), dont l’USM est membre fondateur, a voté, le 4 septembre 2024, une résolution au soutien de nos collègues sud-africains, qui accueilleront par ailleurs le prochain congrès de l’UIM du 16 au 23 octobre prochain.

      Aux termes de cette résolution (à lire ici), l’UIM dénonce le retard pris dans le traitement des salaires et l’absence d’augmentation des rémunérations des magistrats sud-africains depuis 2 ans malgré une hausse de leur charge de travail. L’UIM soutient toute action pour une rémunération adéquate des magistrats et rappelle les textes qui fondent cette exigence essentielle d’un état de droit : 

      • les Principes fondamentaux relatifs à l’indépendance de la magistrature (à lire ici), approuvés par les Nations Unies en 1985,
      • et la Charte européenne sur le statut des juges de 1998 (à lire ici).

      Une fois de plus, les diverses organisations internationales engagées dans la promotion de l’état de droit et pour l’indépendance de la justice tirent la sonnette d’alarme sur ce sujet alors que l’indépendance matérielle et financière des magistrats est une composante à part entière de l’indépendance de la justice, reconnue comme telle notamment par le Conseil consultatif des juges européens (CCJE).

      Un groupe de travail sur les salaires et pensions des magistrats en Europe a été constitué lors du dernier congrès européen, qui s’est tenu en avril 2024 à Varsovie, pour travailler sur ce thème tant l’indépendance matérielle et financière des magistrats devient une question centrale, un enjeu de pouvoir et un moyen de pression sur la justice, lorsque les rémunérations des magistrats sont inférieures aux rémunérations des corps équivalents ou que l’absence de toute augmentation, notamment dans un contexte d’inflation, diminue très sensiblement leur pouvoir d’achat. Ce fut le cas dans plusieurs pays européens récemment : en Hongrie, en Roumanie, en Slovénie, en Lituanie, en Croatie, etc. A l’inverse, dans certains pays, les salaires des magistrats sont indexés sur l’inflation ou bénéficient de systèmes de revalorisation automatique à échéance régulière.

      Le CSM, dans son dernier rapport d’activité, au travers d’une réflexion générale sur le thème « défendre l’état de droit en 2024 » (rapport à lire ici), a souhaité rappeler son engagement de « poursuivre le soutien à l’état de droit et l’indépendance de la justice à travers le monde » (p.71 et suivantes du rapport) en relayant le message du Réseau européen des Conseils de justice (RECJ) : « Au-delà de la situation en Slovénie, compte tenu de récents développements similaires dans un certain nombre de pays (Lituanie, Croatie et Espagne), le bureau exécutif du RECJ a tenu à rappeler, dans sa déclaration du 25 mai 2023, que la sécurité financière des juges est une composante importante de l’indépendance judiciaire. »

      L’USM, qui mène seule le combat pour l’augmentation des rémunérations des magistrats judiciaires français, continuera à porter auprès de notre ministère et de Bercy l’adoption promise (les crédits ayant été votés) de grilles indiciaires offrant un rapprochement de nos rémunérations de celles des corps équivalents que sont les magistrats administratifs et financiers ou les administrateurs de l’Etat. Loin encore d’un alignement avec les rémunérations tant indiciaires qu’indemnitaires servies à ces corps équivalents, loin aussi d’un système de revalorisation automatique ou d’une indexation sur l’inflation… de sorte que l’USM poursuivra son combat dans l’intérêt d’une justice indépendante, attractive et respectée !

    9. L’USM à Varsovie

      L’USM à Varsovie

      Un vent d’espoir souffle sur la Pologne !

      L’USM, représentée par Alexandra Vaillant et Natacha Aubeneau, a participé au congrès annuel de l’Association européenne des magistrats (AEM) qui se tenait à Varsovie, du 25 au 27 avril 2024, organisé par Iustitia, l’association des juges polonais.

      C’était un événement particulièrement émouvant, porteur d’espoir, qui a commencé par des conférences en hommage à la marche des 1000 robes du 11 janvier 2020 et à l’évolution de la situation en Pologne. En effet, lorsque l’AEM a décidé, il y a plus d’un an, d’organiser son congrès annuel en Pologne, l’état de droit y était alors gravement menacé. Les élections d’octobre 2023 ont permis de voir renaître une lueur démocratique. Le nouveau ministre de la justice, Adam Bodnar, militant des droits de l’homme, ancien ombudsman démis de ses fonctions en 2021 par le gouvernement précédent, est venu en personne expliqué comment il s’attelle à restaurer l’indépendance de la justice et des juges. Preuve de cette évolution, le 29 mai 2024, la Commission européenne a décidé de clore la procédure prévue à l’article 7, paragraphe 1, du traité sur l’Union européenne (TUE), à l’égard de la Pologne, en retirant sa proposition motivée qui avait déclenché cette procédure en 2017. Elle considère qu’il n’y a plus de risque clair de violation grave de l’état de droit en Pologne au sens de cette disposition. La Pologne a lancé une série de mesures législatives et non législatives pour répondre aux préoccupations concernant l’indépendance du système judiciaire, a reconnu la primauté du droit communautaire et s’est engagée à mettre en œuvre tous les arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne et de la Cour européenne des droits de l’homme relatifs à l’état de droit et l’indépendance du pouvoir judiciaire.

      La « Marche des 1000 robes » s’est déroulée le 11 janvier 2020 à Varsovie sous la devise : « Droit à l’indépendance. Droit à l’Europe ». Des magistrats de toute l’Europe se sont rassemblés à Varsovie pour rejoindre les magistrats et citoyens polonais afin de manifester avec eux pour la défense de l’indépendance de la justice. C’était la plus grande manifestation de juges en Europe : 30 000 personnes, dont des centaines de magistrats de 22 pays européens, dont la France représentée par l’USM, ont marché pendant deux heures dans les rues de Varsovie, de la Cour suprême au Parlement polonais, en passant par le palais présidentiel, où ils ont revendiqué le respect de l’indépendance de la justice, pilier de la démocratie et de l’état de droit.

      En hommage à cette marche, l’UIM a proposé aux Nations Unies de faire du 11 janvier une journée pour l’indépendance de la justice dans le monde. Parce qu’aucun État ne peut protéger ses citoyens sans un système judiciaire efficace et indépendant, la France, par la voix de l’USM, a soutenu cette motion qui n’a pour l’instant pas abouti. Retrouvez notre article en soutien à cette initiative ici.

      Le reste du congrès a été l’occasion d’adopter des résolutions au soutien des pays où l’indépendance du pouvoir judiciaire est menacée :

      Un projet de réforme constitutionnelle vise à scinder l’actuel Haut Conseil (équivalent du CSM) en deux instances distinctes, l’une pour le siège et l’autre pour le parquet, dont la moitié des membres de chaque instance seraient désignés par le gouvernement. Condamnant une sérieuse attaque ainsi portée à l’indépendance de la justice en Italie, une remise en cause de l’équilibre des pouvoirs et une violation des normes européennes, mais aussi une tentative d’affaiblissement des procureurs et une atteinte au principe des poursuites obligatoires qui risquent de nuire à l’efficacité du système de justice pénale, l’AEM s’inquiète des effets qu’une telle réforme auraient quant à l’influence de la sphère politique sur la sphère judiciaire et demande aux autorités italiennes de reconsidérer ce projet pour ne pas s’éloigner des standards européens destinés à garantir l’état de droit.  

      2 sujets sont évoqués dans la résolution :

      – Le fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature espagnol est parasité depuis 2018 par des dissensions politiques au sein du Parlement qui ont non seulement empêché la nomination de nouveaux membres du CSM – de sorte qu’y siègent des membres dont le mandat a depuis longtemps expiré – mais qui ont aussi fait obstacle, depuis 2021, à la nomination des plus hauts magistrats du pays, notamment des juges de la Cour suprêmes et des présidents de juridictions. Rappelant que, selon les standards européens, les membres magistrats d’un CSM doivent être désignés par leurs pairs, l’AEM demande aux autorités espagnoles de restaurer le fonctionnement plein et entier du « Conseil général du pouvoir judiciaire » (CSM).

      – En outre, sous la pression des indépendantistes catalans – dans les suites de la tentative de sécession avortée de la Catalogne en 2017 – une loi d’amnistie en faveur des indépendantistes catalans (finalement définitivement adoptée le 30 mai 2024) ouvre la possibilité de mener des enquêtes sur les condamnations pénales prononcées contre les acteurs de cette tentative de sécession, incluant la possibilité de convoquer des magistrats devant des commissions d’enquêtes parlementaires pour répondre aux allégations selon lesquelles leurs décisions auraient été prises pour des raisons politiques. Rappelant que les juges n’ont pas de comptes à rendre aux autres branches du pouvoir à raison de leurs décisions judiciaires sauf à porter gravement atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire, l’AEM demande aux autorités espagnoles de retirer ce projet de loi et de faire cesser les campagnes ainsi menées à l’encontre des juges.   

      La rémunération des magistrats est gelée depuis 2021 alors que celle de presque tous les agents des autres pouvoirs de l’État ont bénéficié d’augmentations conséquentes de leurs salaires pour suivre le taux d’inflation, notamment une augmentation de 13,9% en mars 2024. Rappelant que le niveau de rémunération des juges est une garantie d’indépendance du pouvoir judiciaire posée par les standards européens et internationaux ainsi que par la jurisprudence de la CEDH, l’AEM réclame l’augmentation immédiate des salaires des juges hongrois et sollicite pour l’avenir des augmentations au moins équivalentes à celles des décideurs d’autres branches du gouvernement.

      Comme en Hongrie, l’AEM dénonce des rémunérations si basses qu’elles portent atteinte à l’indépendance de la justice et à la séparation des pouvoirs. Tout comme la Cour constitutionnelle de Slovénie a rappelé ces principes, l’AEM exhorte les autorités slovènes à respecter ces standards européens et à donner aux magistrats les ressources nécessaires à garantir l’état de droit.

      Soutien à Murat Arslan :

      Enfin, un vibrant hommage a été rendu à notre collègue turc, Murat Arslan, détenu depuis 8 ans en Turquie pour avoir voulu défendre l’indépendance de la justice. Murat Arslan a été rapporteur de la Cour constitutionnelle turque et président de l’Association pour l’Union des juges et procureurs turcs (YARSAV), aujourd’hui dissoute. Fervent partisan de l’indépendance du pouvoir judiciaire, il a remporté l’édition 2017 du Prix des droits de l’homme Václav Havel (distinction créée en 2013 et décernée chaque année par l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe), qui récompense une action exceptionnelle de la société civile en faveur des droits de l’homme. Alors qu’il est en détention depuis 2016, condamné à 10 ans de prison, l’AEM soutient sa demande de libération conditionnelle, jusqu’alors refusée.

      Une nouvelle audience aura lieu en juillet. Une page du site de l’UIM lui est dédiée ici. L’USM a écrit au ministre turc de la justice au soutien de la libération de Murat Arslan : à lire ici.

    10. Libérez Murat Arslan

      Libérez Murat Arslan

      L’Association européenne des magistrats tient en ce moment son congrès annuel en Pologne, où l’indépendance de la justice a été gravement menacée ces dernières années. Nous y reviendrons prochainement à l’occasion d’un article dédié à ce congrès. Mais il faut ici de toute urgence relayer la demande de libération du magistrat turc Murat Arslan.

      En détention depuis 2016, Murat Arslan est un ancien rapporteur de la Cour constitutionnelle turque et président de l’Association pour l’Union des juges et procureurs turcs (YARSAV), aujourd’hui dissoute. Murat Arslan, fervent partisan de l’indépendance du pouvoir judiciaire, a remporté l’édition 2017 du Prix des droits de l’homme Václav Havel (distinction créée en 2013 et décernée chaque année par l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe), qui récompense une action exceptionnelle de la société civile en faveur des droits de l’homme.

      L’Union internationale des magistrats et sa branche européenne, l’Association européenne des magistrats (UIM-IAJ et AEM-IAJ dont l’USM est membre fondateur – lire ici), ont pris l’initiative de lancer un mouvement pour faire pression sur le gouvernement turc afin qu’il accorde à Murat Arslan une libération conditionnelle immédiate, conformément à la loi turque.

      Vous trouverez sur le site de l’UIM-IAJ, qui dédie une page spéciale à la situation de notre collègue turc (lire ici), un message d’un autre collègue turc, Murat Durmaz, nous informant du refus des autorités turques d’appliquer la loi qui permettrait à Murat Arslan d’être enfin libéré après 8 ans d’emprisonnement dur et injuste. Nous voulons tout mettre en oeuvre pour obtenir la libération conditionnelle immédiate de Murat Arslan, véritable champion de l’indépendance judiciaire.

      L’USM a publié plusieurs articles sur la situation de nos collègues turcs au fil des ans dans différents numéros du NPJ. Vous trouverez certains de ces articles ci-dessous :

      • Un appel aux dons pour le soutien à nos collègues turcs, lancé par Christophe Régnard dans le NPJ de mars 2017
      • Un article de José Igreja Matos, président de l’AEM en 2021 : « L’espoir n’est pas un vain mot »
      • L’article du NPJ de décembre 2022 sur le congrès de l’UIM à Tel Aviv, où nous rappelions que Murat Arslan était emprisonné depuis 6 ans alors… lorsque le prix de l’indépendance de la justice lui a été remis.

      N’oublions pas que la lutte pour l’indépendance de la justice, pilier de la démocratie et de l’Etat de droit, est une histoire sans fin, un éternel recommencement ; ne baissons pas la garde !

    11. Le 11 janvier, journée pour l’indépendance de la justice

      Le 11 janvier, journée pour l’indépendance de la justice

      La « Marche des 1000 robes » est un événement unique qui s’est déroulé le 11 janvier 2020 à Varsovie sous la devise : « Droit à l’indépendance. Droit à l’Europe ». Des magistrats de toute l’Europe se sont rassemblés à Varsovie pour rejoindre les magistrats polonais et les citoyens polonais afin de manifester avec eux, coude à coude pour la défense de l’indépendance judiciaire. Il s’est agi de la plus grande manifestation de juges de l’Europe contemporaine. 30 000 personnes, dont des centaines de magistrats de 22 pays européens, dont la France représentée par l’USM, ont marché pendant deux heures dans les rues de Varsovie, de la Cour suprême au Parlement polonais, en passant par le palais présidentiel, où ils ont crié qu’ils sont des magistrats polonais et européens et que leur place est dans la famille des États démocratiques de l’Union européenne.

      Cette marche a également fait naître une nouvelle notion d’identité entre les magistrats des différents pays et de solidarité dans leur lutte pour le maintien de l’Etat de droit au sein de l’Union Européenne et à l’extérieur de celle-ci. Elle a permis d’intensifier la coopération entre les magistrats européens. Cet événement a été remarqué et salué dans le monde entier par tous ceux qui sont dévoués et comprennent l’importance d’un système judiciaire indépendant pour l’État de droit, l’ordre démocratique et, enfin, la paix dans le monde ; c’est un événement sans précédent dans l’histoire du monde. La Marche ne s’est pas arrêtée le 11 janvier 2020. Nous pouvons voir tous les jours les tentatives de réduire et de limiter l’indépendance du pouvoir judiciaire sous le prétexte de la représentation démocratique, comme récemment en Tunisie, en Israël ou au Guatemala (lire notre article sur le 65ème congrès de l’UIM qui s’est tenu à Taïwan en septembre 2023 et dans le NPJ de décembre 2023 ici).

      La notion de « Marche des 1000 robes » résonne dans le monde entier, partout où l’indépendance judiciaire est en danger.

      Depuis 2022, l’Union Internationale des Magistrats décerne un « Prix de l’indépendance judiciaire » aux magistrats qui ont risqué leur carrière professionnelle et parfois même leur liberté pour défendre l’indépendance judiciaire. Ce prix a été remis lors du congrès de Taïwan à notre collègue Anas Hmedi, président de l’association tunisienne des magistrats (voir les infos ici).

      À l’heure de la montée des gouvernements autocratiques dans le monde entier, la division des pouvoirs devient plus cruciale que jamais. Aucun État ne peut protéger ses citoyens sans un système judiciaire efficace et indépendant.

      Par conséquent, nous soutenons fermement la motion du 27 mars 2023 présentée par l’Union Internationale des Magistrats (à lire ici).

      Vous pouvez signer via ce lien la pétition de soutien lancée par nos collègues polonais.