L’USM en visite outremer : Pacifique et océan Indien

12 juin 2025

Le bureau de l’USM se déplace en 2025 dans les juridictions ultramarines à la rencontre des collègues et des personnels judiciaires mais aussi des spécificités culturelles, économiques et judiciaires de ces départements, collectivités et pays d’outremer.

A l’opposé de l’image de rêve qui illustre cet article, la misère n’étant pas plus belle au soleil mais souvent au contraire exacerbée dans ces terres isolées, l’USM alerte comme elle le fait déjà depuis plusieurs années (relire ici par exemple un article du NPJ de mars 2022 intitulé « Mayotte et la Guyane, des territoires abandonnés ? ») sur l’état de déréliction de la justice outremer.

Nouméa et Papeete

Ludovic Friat, président de l’USM, a initié en avril cette tournée par les juridictions du pacifique, les cours d’appel de Nouméa et Papeete.

Pour des raisons très différentes, les années écoulées ont été très difficiles dans ces juridictions avec, pour la Nouvelle Calédonie, le contexte politique et sécuritaire lié aux émeutes de mai 2024 concernant les listes électorales et l’avenir institutionnel du pays et, pour la Polynésie française, à des fonctionnements institutionnels erratiques de certains, objectivés par plusieurs rapports d’inspection.

L’USM remercie les collègues et fonctionnaires des juridictions concernées pour leur accueil et les échanges sur les sujets d’actualité, nationaux et locaux, constitutifs un véritable « don contre don à l’océanienne » de connaissances et sensibilités au sujet de l’exercice toujours complexe de la justice ultramarine.

Ce fut notamment l’occasion occasion de rappeler que :

  • le magistrat n’est pas un « ennemi » mais le représentant de l’intérêt général ou l’arbitre d’un dialogue contradictoire, chargé d’appliquer les textes démocratiquement votés au national ou par les assemblées locales de collectivités très autonomes ;
  • le « gouvernement des juges » est un fantasme véhiculé par ceux qui se trouvent à l’étroit dans l’Etat de droit ;
  • l’action judiciaire doit s’exercer avec neutralité et être incarnée en tous lieux notamment grâce aux sections détachées ;
  • les ultramarins doivent être résolument associés à leur justice ;
  • il faut dans l’exercice professionnel outre-mer s’ouvrir aux cultures et spécificités locales tout en veillant à garder toujours en tête les fondamentaux professionnels en restant dans ses compétences institutionnelles et dans les limites de ses obligations déontologiques.

Merci et bravo aux unions régionales de Nouméa et de Papeete pour leur constant et difficile travail au service de la défense des collègues et adhérents, mais aussi de l’institution, dans cet environnement particulier et isolé. L’ Union Syndicale des Magistrats, premier syndicat de magistrats judiciaires dans l’hexagone comme en Nouvelle Calédonie et en Polynésie Française, s’y emploie avec détermination, responsabilité, apolitisme et pragmatisme.

Māuruuru (merci à Tahiti) et tata (au-revoir à Nouméa) et à très bientôt dans l’océan Indien et en Amérique.

Retrouvez ici quelques infos médias sur cette visite :

https://la1ere.francetvinfo.fr/polynesie/tahiti/polynesie-francaise/ludovic-friat-juge-et-president-de-l-usm-la-justice-doit-ressembler-au-pays-dans-lequel-elle-est-rendue-1578923.html

https://www.radio1.pf/la-justice-ce-nest-pas-du-cafe-du-commerce

La Réunion et Mayotte

Les visites de l’USM outremer se poursuivent avec, au mois de mai, la venue de Fabienne Averty, secrétaire nationale, et Natacha Aubeneau, trésorière nationale, dans le ressort de la cour d’appel de Saint-Denis de la Réunion.

L’USM alerte sur une situation critique et insoutenable dans les juridictions ultramarines, réclamant un plan d’urgence, une réforme structurelle de la gestion des moyens humains et matériels, et une attention immédiate du ministère de la Justice, après avoir fait les constats suivants :

À Mayotte :

  • une charge de travail écrasante, notamment au pénal (instruction, enfants, contentieux des étrangers) ;
  • de graves manques de moyens humains : pénurie de magistrats, greffiers non formés, barreau sous-dimensionné ;
  • des conditions de travail déplorables : locaux insalubres, aucune réinstallation ni solution pérenne depuis le cyclone Chido ;
  • des renforts inadaptés : missions trop courtes, renforts aléatoires et non adaptés aux réalités et besoins locaux ;
  • une perte de sens et un épuisement des professionnels, outre une compensation financière insuffisante ;
  • une désorganisation chronique des juridictions et une absence de perspectives claires tant quant aux moyens humains que matériels.

À La Réunion :

  • des locaux vétustes et saturés, des conditions de travail dégradées ;
  • une chaîne pénale sous pression : correctionnalisation massive des crimes, délais d’audiencement inquiétants;
  • une montée des violences intrafamiliales et du narcotrafic, sans moyens judiciaires adaptés ;
  • un manque d’effectifs, notamment en magistrats et greffiers placés, entraînant tensions et désorganisation ;
  • des blocages administratifs empêchant l’utilisation des budgets locaux et perte d’autonomie des juridictions.

Merci aux collègues sur place de nous avoir reçues, de nous avoir fait partager leur quotidien, leurs inquiétudes mais aussi leurs attentes et leurs espoirs pour un avenir meilleur dans ces juridictions de l’océan Indien.

L’USM revendique depuis plusieurs années une politique d’attractivité indispensable à l’amélioration de la qualité de la justice outremer. Nous continuons de porter nos idées et de lutter contre ce qui nous paraît aller à l’encontre des évolutions obtenues, par exemple la remise en cause des contrats de mobilité, des brigades, ou encore de la limitation à 2 ans du temps d’affectation minimal à Mayotte.

Actu Juridique a publié notre article sur la situation à Mayotte : A Mayotte, la justice est en état d’urgence permanent

Le 5 juin 2025, la défenseure des droits a rendu une décision (à lire ici) pour dénoncer les graves défaillances de la justice à Mayotte : accès très limité au droit et à l’aide juridictionnelle, pénurie d’avocats, magistrats, greffiers, interprètes et structures adaptées, notamment pour les mineurs, atteinte aux droits fondamentaux des justiciables.

Il devient urgent d’agir !