Catégorie : Actualités

L’action de l’USM se décline de multiples façons. Retrouvez ici toutes les actualités de l’USM : réunions, rencontres, groupes de travail, contributions, notes, courriers, mails, publications, etc.

  • La Tribune de novembre 2021… en action !

    La Tribune de novembre 2021… en action !

    Comme la « blouse blanche » des soignants, la « robe noire » des magistrats ne protège pas des conséquences de « 30 ans d’abandon » de nos institutions.

    L’évocation poignante de la mémoire de notre collègue dans la Tribune du Monde du 23 novembre 2021 (à relire ici ainsi que le communiqué de presse de l’USM ici) était sans équivoque concernant le rythme de travail que l’institution attendait d’elle : « Comme beaucoup, elle a travaillé durant presque tous ses week-ends et ses vacances, mais cela n’a pas suffi ». Chacun d’entre nous, engagé syndicalement ou non, s’y est reconnu et la tribune a été emportée par une vague de plus de 7 000 signataires, dont 5 500 magistrats.

    La question centrale du temps de travail des magistrats est pourtant toujours taboue pour la chancellerie.

    Collectivement, la problématique du temps de travail est portée avec constance par l’USM. Individuellement, elle dégrade, au quotidien, la qualité de vie de nombreux magistrats confrontés à la nécessité de travailler bien au-delà du raisonnable, au préjudice de leur vie de famille ou de leur santé, en s’abstenant de prendre tous leurs jours de congés ou de repos et les empêchant de suivre toutes leurs actions obligatoires de formation.

    La situation est devenue un véritable sujet de mécontentement, mais aussi une cause de souffrance au travail. Les actuels groupes de travail sur l’évaluation de la charge de travail des magistrats ont objectivé ce que nous savons tous : chaque magistrat travaille bien au-delà de son 100% d’ETP (équivalent temps plein).

    La comparaison avec les chiffres de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ) est têtue.

     

     

    Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

    C’est assez simple à comprendre : la plupart des magistrats français, depuis des générations, ont intériorisé, voire valorisé, l’idée que notre profession relevait de la vocation, ce qui flattait notre égo, notre image, et nous permettait de tenir. Sans remettre en cause l’idée que notre profession a une place à part et nécessaire dans une société démocratique, pour les nouvelles générations de collègues, il s’agit d’un « très beau métier » mais parmi bien d’autres, tout aussi utiles et importants socialement.

    Il a fallu aussi s’adapter au passage aux 35 heures. Il a été décidé que les magistrats étaient des « cadres au forfait », travaillant sans limite particulière de temps, mais bénéficiant, à titre de compensation forfaitaire, de congés supplémentaires (20 jours dits de RTT). De manière curieuse, notre statut est totalement muet sur ce point et c’est un décret du 25 août 2000 (relatif à toute la fonction publique de l’Etat), complété pour la magistrature par un arrêté du 27 juin 2006, qui pose les bases d’une situation devenue beaucoup trop inconfortable : le magistrat serait un cadre supérieur totalement autonome, s’organisant et travaillant sans limite de temps pour remplir sa tâche !

    L’USM ne cesse pourtant de rappeler tant à la direction des services judiciaires qu’aux conférences des chefs de juridictions (TJ et CA) que les magistrats souhaitent désormais préserver leur vie de famille, prendre leurs vacances et se reposer le week-end (sauf contraintes de permanences qu’ils ne refusent pas), se voir attribuer des journées de repos compensatoire en cas de travail le week-end ou la nuit, bénéficier effectivement d’un droit quotidien au repos de 11 heures (si l’audience se termine à minuit, le magistrat ne retourne pas au tribunal avant 11 heures le lendemain matin) et d’un temps de repos hebdomadaire suffisant.

    Certes, des recrutements importants sont en cours mais leur concrétisation prendra du temps et sont d’ores et déjà accompagnés de l’impératif politique de « diviser par deux » tous les délais de justice mais, également, par l’hypothèque du « coup de rabot » budgétaire actuel, ou à venir.

    Ces attentes trouvent leur complète légitimité dans une directive européenne de 2003 qu’il suffirait d’appliquer aux magistrats pour que les choses s’arrangent … Mais pour pérenniser une politique cynique de gestion de la pénurie, la chancellerie n’a jamais agi, laissant les chefs des cours et tribunaux dans l’attente de consignes qui ne viennent jamais.

    Cette maltraitance institutionnelle, propre au secteur public, pourrait perdurer longtemps. Comme la « blouse blanche » des soignants, la « robe noire » des magistrats ne nous protège pas des conséquences de « 30 ans d’abandon » de nos institutions.

    La « Tribune des 3 000 » s’est fait l’écho puissant des difficultés rencontrées par l’ensemble de notre profession. Les responsables de l’USM et ses adhérents ont massivement signé la Tribune des 3 000, participant ainsi à son succès. L’USM agit aussi avec les armes du droit pour que, à terme, les choses bougent enfin.

    Ainsi, l’USM a proposé et partagé avec d’autres organisations syndicales ou associations professionnelles l’idée d’une plainte auprès de la commission Européenne. Cette plainte a été déposée le 9 février 2022 et est actuellement à l’instruction.

    L’USM a décidé de poursuivre l’action en engageant une action novatrice : nos avocats ont demandé au Premier ministre, par courrier du 28 février, d’abroger les dispositions réglementaires en vigueur concernant notre temps de travail et de prendre enfin de nouvelles dispositions, en adéquation avec les dispositions européennes. En l’absence de réponse, ou en cas de réponse négative, l’USM introduira une action contentieuse.

    Soyez-en sûrs, même si ce n’est pas toujours immédiatement visible, l’USM agit avec détermination. Elle l’a fait pour nos salaires et rémunérations, nous commençons à en voir les fruits. Il en ira de même pour le temps de travail, afin que nos métiers et nos idéaux de vie puissent se conjuguer et retrouver tout leur sens.

    Lisez le courrier adressé par les avocats de l’USM au Premier Ministre :

  • Legal privilege : l’USM alerte

    Legal privilege : l’USM alerte

    Un risque d’entrave aux enquêtes administratives, une confidentialité accordée sans garanties en contrepartie.

    L’USM a adressé à MM. Buffet et Houlié, présidents des commissions des lois du Sénat et de l’Assemblée Nationale, une note détaillée d’observations concernant la proposition de loi « Garantir la confidentialité des consultations juridiques des juristes d’entreprises », présentée le 14 février 2024 au Sénat par M. le sénateur Vogel.

    Ces dispositions avaient fait l’objet d’une censure du Conseil Constitutionnel pour « cavalier législatif » dans la loi d’orientation et de programmation de la Justice (LOPJ) au mois de novembre : lire ici le communiqué de presse du Conseil sur la décision DC n°2023-856 du 16 novembre 2023.

    Selon nous, ce dispositif présente un double danger :

    • Il ne remplira pas à l’international son objectif de souveraineté juridique et judiciaire, faute de statut indépendant des juristes d’entreprise et entravera les enquêtes administratives nationales menées par les autorités administratives indépendantes, lesquelles permettent souvent la découverte d’infractions et de leurs auteurs.
    • Il présente de sérieuses carences sous l’angle constitutionnel mais aussi conventionnel (droit de l’Union et Convention européenne des droits de l’homme).

    L’USM a souhaité en aviser le législateur et ainsi contribuer au débat public, la recherche des auteurs d’infractions étant un objectif à valeur constitutionnelle.

    Lisez ici nos observations complètes

  • Infractions en matière de racisme et d’antisémitisme

    Infractions en matière de racisme et d’antisémitisme

    Des députés ont déposé une proposition de loi (PPL) visant « à renforcer la réponse pénale contre les infractions à caractère raciste ou antisémite ». L’USM a été entendue le 22 février en visioconférence par les rapporteurs de cette PPL.

    La PPL a notamment pour objet de permettre la délivrance d’un mandat de dépôt ou d’arrêt, le texte actuel ne le permettant pas en matière d’infractions de presse, pour les délits de presse à caractère raciste ou antisémite et d’aggraver la répression, transformant des contraventions de V° classe en délits, voire en délits aggravés lorsqu’ils sont commis par une personne chargée d’une mission de service public ou dépositaire de l’autorité publique.

    Sur la forme, l’USM a fait des observations sur l’exposé des motifs de la PPL, rappelant qu’il ne s’agissait pas en l’espèce d’un « vide juridique » mais bien d’un choix séculaire du législateur en matière d’infractions de presse (loi de juillet 1881) et que la justice n’avait pas vocation à être « garantie et systématique » mais à être juste, impartiale et adaptée au cas d’espèce.

    Sur le fond, l’USM a indiqué ne pas être opposée aux dispositions envisagées qui paraissent proportionnées aux objectifs recherchés tout en rappelant le pendant civil de la loi de 1881, trop souvent omis. L’USM a également attiré l’attention du législateur sur l’exigence de réciprocité d’incrimination en matière d’exécution d’un mandat d’arrêt avec un Etat étranger et rappelé son opposition au traitement de ce contentieux par le biais d’une amende forfaitaire.

    Vous trouverez la PPL ici et notre note ici.

  • Lutte contre les trafics de stupéfiants

    Lutte contre les trafics de stupéfiants

    L’USM a été entendue sur le thème : Evaluer l’efficacité de la politique de lutte contre les trafics de stupéfiants.

    Le 25 janvier, le bureau de l’USM était entendu par les rapporteurs de la mission d’information de l’Assemblée Nationale sur la lutte contre les trafics de stupéfiants. Nous avons expliqué que ce champ était massivement investi par l’autorité judiciaire mais qu’elle était confrontée à des difficultés structurelles qui empêchent son action. Ainsi, après avoir critiqué le manque de moyens (en matériel, en magistrats, en greffiers, en enquêteurs), nous avons notamment abordé l’absence d’outils informatiques performants et la trop faible offre publique d’expertise. Nous avons pu discuter librement avec les deux rapporteurs et déborder sur les enjeux pour la société entière de cette lutte contre un secteur très profitable du crime organisé.

    Lisez ici nos réponses au questionnaire qui nous avait été adressé par la mission

  • Ludovic Friat sur Europe 1

    Ludovic Friat sur Europe 1

    Ludovic Friat, président de l’USM, répond sur les ondes d’Europe 1 aux questions d’Alexandre Le Mer sur la promesse du gouvernement de rendre la justice plus rapide (délais et stocks divisés par deux) grâce aux moyens budgétaires et humains supplémentaires mis en œuvre.

    S’il est logique qu’un politique soit ambitieux, il est nécessaire que les praticiens du droit et notre syndicat soient réalistes.

    Vous trouverez son intervention en cliquant sur ce lien (podcast)

  • L’USM à la rencontre des auditeurs de justice (promo 2024)

    L’USM à la rencontre des auditeurs de justice (promo 2024)

    Le 5 février 2024 la promotion « historique » de 459 auditeurs de justice a fait sa rentrée à l’Ecole nationale de la magistrature.  

    L’USM, représentée par Marie-Noëlle Courtiau-Duterrier, déléguée régionale de Bordeaux et membre du conseil d’administration de l’ENM, et Ludovic Friat, président du syndicat, étaient invités à la prestation de serment de nos futurs collègues, première vague des “1 500” nouveaux magistrats attendus en juridiction d’ici 2028. 

    Nous étions fiers d’être présents à leurs côtés en ce moment si particulier, ce rite professionnel qui marque l’entrée dans une vie professionnelle d’engagement. Nous étions également très honorés d’assister à l’allocution du président de la République qui a rappelé solennellement que “la confiance d’un peuple dans sa République se mesure à sa confiance dans sa Justice”. Une justice indépendante et de qualité, ayant les moyens de ses missions essentielles au pacte républicain, voici ce que nous appelons tous de nos vœux, dans l’intérêt de nos concitoyens. 

    L’USM souhaite à nos futurs collègues une formation riche, variée et exigeante, gage de leur légitimité et remercie l’équipe de l’ENM pour l’organisation de cet évènement hors normes.

     

    Ensuite, le 15 février 2024, l’USM a pu leur être plus particulièrement présentée par Aurélien Martini, secrétaire général adjoint, Stéphanie Caprin, secrétaire nationale, ainsi que Marie-Noëlle Courtiau-Duterrier, tous trois en charge des questions relatives à l’ENM, et Chloé Carayannakis, déléguée de la section des auditeurs de justice de la promotion 2022.   

    Cette rencontre, organisée par l’ENM, permet aux syndicats représentatifs de magistrats un premier échange avec les auditeurs de justice, dès le début de leur formation. Cela a été l’occasion de leur présenter l’USM, ses valeurs, les combats portés, également notre rôle dans leur intérêt tant lors de leur scolarité que pendant leur stage, outre certaines actions de la section des auditeurs engagées en 2022 et 2023.  

    Malgré la grève annoncée à la SNCF, les auditeurs étaient présents en nombre ; ils se sont montrés intéressés et dans l’échange avec tous les intervenants présents.

    Magistrats de demain, ils sont les visages des « renforts » promis par le ministre de la Justice, très fortement attendus en juridiction. Notre syndicat doit être pour eux un lieu de soutien mais également d’échanges sur les valeurs et combats que nous portons afin qu’ils puissent perdurer à travers eux dans l’avenir.

    Après un stage découverte et un stage en cabinet d’avocat, ils débuteront leur scolarité à l’ENM Bordeaux en juin prochain. Promotion « historique » par leur nombre, les auditeurs de justice de la promotion 2024 le seront également pour être ceux qui alterneront les cours entre le site historique du centre-ville et les locaux supplémentaires de l’ENM situés à Bordeaux-lac. 

    Le bureau national de l’USM restera à leurs côtés pendant leur formation. Chers auditeurs, n’hésitez pas à nous contacter via ce lien ou à adhérer ici !

  • Hommage à Robert Badinter

    Hommage à Robert Badinter

    Outre nos posts sur les réseaux sociaux, Cécile Mamelin, vice-présidente de l’USM, a assisté pour l’USM à hommage rendu à Robert Badinter au ministère de la justice. Elle partage ici ce moment.

    « Tu as fait ce que tu as pu, entre »

    C’est sur ces mots d’une profonde humilité de Robert Badinter répondant à Bernard Pivot que s’est achevée la première partie de la cérémonie : un diaporama retraçant la vie et les combats de cet homme de droit entré dans l’histoire de France.

    Ce 14 février, un hommage national était rendu place Vendôme, siège du ministère de la Justice, par la nation tout entière, en présence du Président de la République, Emmanuel Macron, du monde politique, judiciaire et médiatique (journalistes et acteurs) ; présente au nom de l’USM, j’ai été submergée d’émotion lorsque les applaudissements spontanés de la foule des anonymes présents se sont élevés à l’arrivée du cercueil de celui qui fut un rempart et un guide pour la Justice et les droits humains. La cérémonie fut digne, sobre, vibrante, à l’image de ce grand homme qui nous a quittés, et qui laisse orphelines des générations de juristes, avocats et magistrats.

    L’unanimité des témoignages depuis le décès de Robert Badinter fait honneur à la nation rassemblée : voir partir l’un de ses plus illustres sages, une conscience ainsi que l’a déclaré l’ancien procureur général près la Cour de cassation, François Molins, est un événement douloureux, mais qui m’a rappelé que sans lui, jamais je ne serais devenue magistrate. J’ose vous le confier, si l’abolition de la peine de mort n’avait pas été votée dans notre pays en 1981, je n’aurais jamais embrassé cette carrière avec le risque de devoir participer un jour à cette œuvre de mort : « une justice qui tue » ! Lors de cet hommage, me revenait à l’esprit à quel point il avait, à l’époque, été honni, trainé dans la boue, pour avoir mené à son terme ce combat d’une vie. C’est l’honneur des grands hommes de changer les mentalités et d’œuvrer parfois à contrecourant.

    Pour terminer sur une note souriante, je ne vous cache pas que mon côté « midinette » a été comblé ce jour-là, tant il est vrai que voir autant de personnes illustres sur un aussi petit espace est une occasion assez rare dans une vie ; je suis surtout heureuse d’avoir pu partager mon émotion avec les collègues présents et d’avoir contribué à saluer un humaniste qui va nous manquer terriblement : il était l’un des seuls à défendre notre institution, car il savait, pour en avoir payé le prix fort, que sans une justice forte et indépendante, un pays n’est jamais une démocratie.

    Monsieur Badinter, non seulement vous avez fait ce que vous avez pu, mais vous en avez fait tellement plus !

  • La réduction des délais ou la pensée magique !

    La réduction des délais ou la pensée magique !

    Lors du CSA ministériel du 13 février 2024, il a été question des perspectives RH ministérielles pour 2024 et de l’organisation des services et des juridictions durant les Jeux olympiques et paralympiques.

    Concernant les perspectives RH, de nombreux accords sont en cours de négociation et/ou de finalisation avec l’ensemble des organisations, comme :

    • celui sur l’égalité professionnelle femmes/hommes, le premier accord ayant été signé le 20 janvier  2020,
    • celui sur la qualité de vie et les conditions de travail (ici)
    • celui sur la protection sociale complémentaire : lire notre présentation rapide de la PSC ici.

    L’USM y participe sans faille et activement. Si ces négociations sont particulièrement chronophages, ces accords, pourtant utiles, ne suffiront pas à résoudre les difficultés de notre institution au quotidien. Le ministère continuera de travailler à un plan sur l’attractivité et la fidélisation des personnels recrutés avec l’ambition affichée de + 10 000 recrutements d’ici 2027. Le millefeuille des métiers créé par l’empilement de réformes et de statuts diverses sans grande cohérence ces dernières années nécessite en effet une réflexion aboutie à laquelle nous participerons. 

    S’agissant des JO, si les 14 juridictions impactées semblent avoir bien anticipé et élaboré des plannings adaptés tenant compte à la fois des congés de tous les personnels et du surcroît prévisible de l’activité, peu de réponses nous ont été données quant à l’attribution des primes, allant de 500€ à 1500€, négociées en interministériel et qui doivent bénéficier à tous les personnels de justice, magistrats inclus. Une note sur les critères d’attribution serait à l’étude devant l’insistance des organisations syndicales à ce sujet, afin d’éviter de renouveler les errements rencontrés lors de l’attribution des primes Covid. L’USM a indiqué qu’une lisibilité était très attendue. 

    Enfin, nous n’avons pas manqué de dénoncer l’impératif de la réduction des délais par deux d’ici 2027, tel que fixé par le Président de la République lors de la prestation de serment des auditeurs de justice à Bordeaux le 9 février dernier, au prétexte que les citoyens nous l’imposeraient (sic), feignant d’ignorer d’une part que les moyens certes importants alloués ces trois dernières années n’étaient pas encore arrivés dans les juridictions (les effectifs doivent être recrutés et formés), d’autre part que ces moyens restent largement en-deçà des besoins (voir notre article sur le bilan des 2 ans de travaux menés par le groupe de travail sur la charge de travail des magistrats, encore en cours).

    Si le garde des Sceaux a repris cette formule, dans la droite ligne de ce qu’il n’a cessé de marteler depuis l’augmentation des budgets, nous maintenons quant à nous notre position affirmée à plusieurs reprises, et notamment lors de notre dernière bilatérale avec le garde des Sceaux (compte-rendu ici) : 30 années d’abandon ne seront pas effacées par l’arrivée de 10% d’effectifs supplémentaires. On ne saurait exiger encore des personnels de justice qu’ils sacrifient tant la qualité de la justice rendue que leur santé : soyons clairs une nouvelle fois, cet « objectif impératif » est évidemment inaccessible. Continuer de prétendre le contraire relève de la pensée magique ; les citoyens qui constatent au quotidien l’état de délabrement de la Justice ne seront pas dupes.

    Extrait de la déclaration liminaire (à lire intégralement ici) :

    « Avant d’aller plus avant concernant les perspectives de reconnaissance et de conditions de travail, l’UNSa Justice et l’USM souhaitent attirer votre attention sur les récentes déclarations du président de la République ainsi que sur le contexte actuel de nos établissements pénitentiaires, qui souffrent d’une surpopulation pénale endémique record.

    En effet, le président de la République a affirmé que la réduction par deux des délais de jugement n’était pas un objectif mais un impératif. C’est mal connaître l’état des juridictions françaises et de ceux qui les servent. Une hausse récente du budget ne permettra évidemment pas de réduire les délais par deux d’ici la fin du quinquennat.

    Comme vous le dites fréquemment, monsieur le ministre, on ne répare pas 30 ans d’abandon en 3 ans. Si vous voulez diviser les délais par deux, doublez donc les effectifs ! Dans quelle autre structure, une hausse de 10 % des personnels peut conduire à une réduction des délais de traitement par deux ? Cet « objectif impératif » est évidemment inaccessible. »

  • L’ARA, miracle ou mirage ?

    L’ARA, miracle ou mirage ?

    Le 5 février s’est tenue, au tribunal judiciaire de Paris, la conférence CRA/ARA (conférence de règlement amiable/audience de règlement amiable) co-animée par Pierre Béliveau, juge honoraire du Québec, et Gabrielle Planès, médiatrice, présidente d’honneur de l’Association Nationale des Médiateurs (ANM). 

    Alors que par décret n°2023-357 du 11 mai 2023 la tentative préalable de conciliation obligatoire pour les petits litiges a été rétablie, et que par décret n°2023-686 du 29 juillet 2023 l’ARA et la césure du procès civil ont été instaurées, il est particulièrement instructif de revenir sur l’exemple québécois à l’origine de l’ARA, et de prendre connaissance de l’étude comparée pour comprendre la portée et les perspectives de réussite de l’ARA voire plus largement de l’amiable dans notre système juridique. 

    Quelques enseignements parmi d’autres, certains ne sont guère surprenants, d’autres le sont davantage :  

    • Des systèmes juridiques d’évidence très différents : tandis que le système judiciaire québécois est hybride (d’inspiration française pour le code civil, mais largement dominé par le droit anglo saxon pour tout le reste), la procédure civile est quant à elle très libre, puisque les tribunaux peuvent légiférer dès lors que cela ne contredit pas une disposition du code de procédure civile, 
    • Tous les juges étant d’anciens avocats, la culture de la négociation et de la médiation y est très ancrée, 
    • Les procès, s’ils sont moins longs qu’en France (dû à l’unité de juridiction et très peu d’appels), ils sont particulièrement coûteux et incitent à l’évidence à la négociation, la médiation étant quant à elle gratuite ; c’est ainsi que plus de 85 % des dossiers sont réglés au Québec par des accords, tandis que 80 % des dossiers en France sont plaidés ;  
    • Si le taux de réussite de la CRA est de 80 à 85%, il faut savoir que sur 2022, 1 200 CRA sur 60 000 dossiers ont été réalisées (soit 2% des dossiers !), le taux de médiation en France étant de 1%, avec 60% de taux de réussite ! 

    S’il souscrit aux réels avantages de la médiation et à l’intérêt de la développer, le juge Béliveaux a tenu à faire part de quelques réserves : 

    • Compte tenu de la surcharge des juges français, « la médiation, contrairement à ce que pense le ministère, ne pourra pas tout régler », ou « comment avoir confiance dans la médiation si l’Etat n’y met pas d’argent ? »sic 
    • « La mise en place de l’ARA sera au départ une grosse perte de temps » 
    • Tous les acteurs sont concernés et doivent jouer le jeu : avocats, administrateurs judiciaires etc. 
    • De nombreux paramètres doivent l’accompagner :  
    • Une forte décharge des magistrats pratiquant l’ARA,  
    • La gratuité des médiations par une prise en charge totale ou partielle de l’Etat et son déroulement dans les palais de justice, 
    • L’uniformisation des règles relatives à la médiation, la création d’un bureau de la médiation,  
    • La priorité accordée au traitement des dossiers dans lesquels les parties ont participé à une médiation, etc.  

    En conclusion, M. Béliveau et Mme Planès se sont accordés à reconnaître que la médiation prendra vraisemblablement 1 à 2 générations pour s’implanter dans un système juridique aussi différent que le nôtre. Pour lever les réserves voire obstacles au déploiement de l’ARA dans notre système judiciaire civil, il faudra nécessairement du temps mais surtout des moyens alors que la justice civile est aujourd’hui le parent pauvre d’une justice en état de délabrement général. 

    Pour aller plus loin : lire ici l’étude complète réalisée par M. Béliveau

  • Un manque de moyens qui empêche de protéger les enfants

    Un manque de moyens qui empêche de protéger les enfants

    A lire : le témoignage de Karolina Siejka, juge des enfants à Lille, dans un article de la Voix du Nord, paru le 7 février 2024.

  • Bilatérale USM-DSJ

    Bilatérale USM-DSJ

    Lors de la réunion USM-DSJ du 7 février 2024, nous avons échangé sur :  

    • les décrets post loi organique, notamment sur les nouvelles modalités de recrutement suite à la modification du troisième concours et la création du concours professionnel : contenu des épreuves, composition du jury d’entrée et de sortie etc., le timing étant contraint du fait d’un passage des textes au prochain conseil d’administration de l’ENM ;  
    • les futures grilles indiciaires, sujet discuté au sein d’un groupe de travail qui s’est réuni le 1er décembre 2023, mais auquel les organisations syndicales n’ont pas été invitées ; l’USM entend néanmoins être force de proposition ; le calendrier est là aussi serré avec des textes soumis au Conseil d’Etat et à Bercy, et discutés avec le ministère de la fonction publique ; 
    • la prime modulable : des disparités entre les cours ayant été signalées à notre organisation, le directeur s’est engagé à revenir auprès des chefs de cour pour s’assurer que les mêmes modalités soient appliquées partout et de manière transparente pour l’information de tous les collègues, à savoir un taux moyen de 1 (anciennement 12%), et une enveloppe suffisante pour permettre l’application de ce taux ; 
    • la situation extrêmement compliquée à Mayotte, après les manifestations régulières dont l’une devant le palais de justice ; le DSJ suit d’heure en heure la situation, et nous a assurés que sa priorité était la sécurité des agents ; 
    • la formation à la transition écologique dont le directeur a rappelé qu’elle avait un intérêt fondamental, qu’il avait souhaité que les magistrats puissent en bénéficier et qu’il veillerait à ce qu’elle soit proposée, sans être obligatoire, via les chefs de cours et non pas les préfectures. 

    Nous resterons sur l’ensemble de ces points très vigilants, sachant que les négociations sur certains sujets se poursuivent dans le cadre de discussions nourries, ouvertes et transparentes. 

  • Redéfinir le viol ?

    Redéfinir le viol ?

    Les interrogations portaient sur la nécessité de modifier la définition actuelle du viol notamment en se référant à la convention d’Istanbul adoptée par le Conseil de l’Europe le 7 avril 2011 et reprise par la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil.

    Les chiffres démontrent que seulement 14,7% des plaintes donnent lieu à une peine et que selon une estimation, moins de 1% des faits de viols commis sont effectivement condamnés, de nombreuses victimes décidant de ne pas porter plainte. La faiblesse de ces chiffres questionne sur l’efficacité de notre système juridique à répondre à ce type d’infraction.

    L’USM a rappelé que si le mot consentement n’apparait pas dans la définition, il était au cœur de la notion de viol, à la fois en doctrine et en jurisprudence. L’absence de consentement est en fait présumée dans les notions de « violence, contrainte, menace ou surprise ». La définition actuelle du viol, telle qu’interprétée par la jurisprudence, est suffisamment large pour répondre à l’ensemble des situations (état de sidération, d’emprise, de rapport de force inégal, d’erreur provoquée sur la personne du partenaire…).

    Nous avons insisté sur le fait que la principale difficulté résidait dans l’aspect probatoire, s’agissant d’infractions qui se déroulent généralement à huis clos et dans la sphère privée. Nous avons par ailleurs indiqué que l’élément moral de l’infraction ne consiste pas dans l’absence de consentement de la victime mais bien dans la conscience par l’auteur de cette absence de consentement.

    Nous avons également rappelé qu’en droit français la charge de la preuve ne pèse pas sur le mis en cause et qu’aucune présomption de culpabilité n’existe.

    L’introduction de la notion de consentement dans la définition du viol, tel que proposée par le projet de directive européenne, sans être de nature à bouleverser notre système juridique et la pratique judiciaire, a une portée symbolique qui s’impose. En outre, une telle définition présente l’avantage de poser clairement la nécessité de s’assurer d’un consentement non équivoque du partenaire, quand bien même ce consentement se heurtera, également, à l’écueil probatoire.

    Afin d’améliorer le traitement de ces infractions, l’USM préconise une meilleure prise en charge des victimes tant par les services d’enquêtes que par les experts en charge d’évaluer les constatations objectives, médicales et psychologiques des faits dénoncés, la réalité d’une situation d’emprise, ou l’estimation d’un préjudice physique ou psychologique, et une prévention plus importante. Plus que des juridictions spécialisées, tous les magistrats ayant la capacité de suivre et juger ce type de faits, sous réserve d’une formation continue de qualité et effective, le besoin est de disposer d’enquêteurs formés et disponibles. Nous avons rappelé que les magistrats étaient engagés sur cette question et parfaitement conscients des enjeux pour la société et les victimes.

    Lisez ici notre note complète

    Lire aussi l’article de Fabienne Averty publié dans le NPJ de mars 2024 : Viol et consentement, des mots tabous ?