Catégorie : Actualités

L’action de l’USM se décline de multiples façons. Retrouvez ici toutes les actualités de l’USM : réunions, rencontres, groupes de travail, contributions, notes, courriers, mails, publications, etc.

  • 66ème congrès de l’Union internationale des magistrats : indépendance de la Justice, Etat de droit, ressources et salaires au coeur des débats

    66ème congrès de l’Union internationale des magistrats : indépendance de la Justice, Etat de droit, ressources et salaires au coeur des débats

    L’USM a participé au 66ème congrès de l’Union internationale des magistrats (UIM), qui se tenait au Cap du 17 au 22 octobre. Le but de l’UIM, organisation internationale professionnelle apolitique, est la sauvegarde de l’indépendance du pouvoir judiciaire, condition essentielle de la fonction juridictionnelle et pilier de l’Etat de droit. Elle regroupe des associations nationales de magistrats des cinq continents (au nombre de 92) luttant activement, soit pour obtenir l’indépendance de la justice, soit pour la renforcer. L’UIM dispose par ailleurs de quatre commissions permanentes d’étude (statuts, droit et procédure civile, droit et procédure pénale, droit public et social).  Sur la base de rapports rédigés par ses membres, les commissions étudient des questions d’intérêt commun pour la justice dans tous les pays.

    Le président de l’association nationale des magistrats sud-africains, JOASA, a appelé dans son propos introductif à l’unité des magistrats. Il a, par ailleurs, indiqué que l’actuelle constitution du pays ne faisait pas référence au pouvoir judiciaire, JOASA se battant pour obtenir une modification constitutionnelle. Il a, ensuite, rappelé que des magistrats étaient actuellement emprisonnés à travers le monde pour avoir seulement accompli leur travail, d’où l’absolue nécessité de continuer à se battre pour l’indépendance de la justice.

    Le respect de l’Etat de droit, pilier de nos démocraties, fut par ailleurs le fil conducteur des différentes interventions de nos hôtes. Duro Sessa, juge à la Cour suprême de Croatie et actuel président de l’UIM, a conclu la première journée du congrès en rappelant que l’Etat de droit était selon lui garant et responsable de la liberté des citoyens, bien plus qu’aucun autre principe. Il a également rendu hommage à notre collègue turc Murat Arslan, toujours emprisonné depuis plus de 8 ans (voir dernier appel de l’USM à sa libération ici).

    En session plénière, ont été évoquées les attaques récurrentes contre l’indépendance de la justice, et notamment :

    en Arménie via la problématique de nominations politiques et d’interventions du pouvoir exécutif dans l’élection et la nomination des magistrats au Conseil de Justice ;

    en Bulgarie à la suite de suspicions de fraude lors des élections électroniques au Conseil de Justice ;

    au Guatemala où des juges et procureurs sont emprisonnés du fait de leurs décisions juridictionnelles ou doivent fuir leur pays ;

    en Argentine où les magistrats font face quotidiennement à des intimidations et menaces d’emprisonnement à raison de leurs décisions juridictionnelles (lire ici la déclaration sur l’Argentine).

    Une attention particulière a été portée à la situation du Mexique. Une réforme constitutionnelle prévoit désormais très largement l’élection de nombreux magistrats. L’UIM craint un effet boule de neige dans la région sud-américaine, le président colombien réfléchissant à son tour à une réforme similaire (retrouvez ici la résolution de l’UIM du 27 août sur la situation des magistrats mexicains).

    La rapporteure spéciale des Nations Unies sur l’indépendance des magistrats et des avocats a évoqué le rôle central des experts dans la défense de l’institution judiciaire (comptes-rendus directs au Conseil et à l’Assemblée de l’ONU, visite des pays où sont dénoncées des violations récurrentes des droits de l’homme …) avant de conclure que les magistrats ne devraient jamais avoir à devenir des héros.

    Comme lors du congrès de l’association européenne des magistrats qui s’est tenu en avril à Varsovie (relire ici notre compte-rendu), nous avons pu visionner le film dédié à la manifestation des 1 000 robes, qui a eu lieu le 11 janvier 2020. La représentante de l’association polonaise Lustitia a profité de cette occasion pour faire un point sur la situation de son pays et apporter une lueur d’espoir. Le changement politique à la suite des élections de 2023 a ainsi permis d’entamer le processus de restauration de l’Etat de droit et d’assurer l’indépendance des magistrats. L’exemple polonais doit néanmoins nous alerter sur les fragilités potentielles de nos institutions et nous rappeler de ne jamais baisser la garde face aux attaques contre l’indépendance de la justice. En hommage à la marche des 1 000 robes, l’UIM maintient sa proposition faite à l’ONU de faire du 11 janvier une journée pour l’indépendance de la Justice dans le monde, proposition soutenue par l’USM (retrouvez notre article en soutien à cette initiative ici).

    S’agissant des rémunérations et pensions, de trop nombreux collègues font toujours ou nouvellement face à des difficultés extrêmes, alors même que le statut universel du juge rappelle dans son article 13 que le juge doit recevoir une rémunération suffisante pour assurer son indépendance économique. Il en est ainsi par exemple en Afrique du Sud (résolution ici) ou encore en Suède (lire la résolution ici).

    Tous les travaux des commissions d’études sont disponibles sur le site de l’UIM :

    • 1ère commission sur les effets de l’intelligence artificielle sur le pouvoir judiciaire ici ;
    • 2ème commission sur les plaidoiries écrites – quand passent-elles d’une aide à un obstacle ? ici ;
    • 3ème commission sur l’évolution rapide de la fabrication de drogues illicites et les défis que ce processus imparable pose à la réussite des poursuites judiciaires ici ;
    • 4ème commission sur l’impact de la révolution numérique sur le marché du travail – économie de plateformes ou petits boulots et intelligence artificielle ici.

    L’UIM a enfin adopté plusieurs résolutions sur la situation globale de la justice en Arménie, en Bulgarie, en Suède, au Pérou et en Tunisie, toutes accessibles sur son site internet, nouvellement rénové https://www.iaj-uim.org/iuw/fr/.

  • Congrès USM 2024 Toulouse – Cinquantenaire de l’USM !

    Congrès USM 2024 Toulouse – Cinquantenaire de l’USM !

    L’USM organisait son congrès annuel à Toulouse du 11 au 13 octobre 2024, sur le thème « 50 ans de combats syndicaux ».

    Des discours, des intervenants de qualité, une table ronde, des débats : un temps essentiel de la vie de notre syndicat, un moment toujours riche en échanges !

    Lisez ici le NPJ 449 de décembre 2024 consacré aux temps forts de ce formidable congrès des 50 ans de l’USM, 50 ans de combats syndicaux.

    Retrouvez ici :

  • PLF 2025: le budget de la justice sauvegardé

    PLF 2025: le budget de la justice sauvegardé

    Didier Migaud, ministre de la Justice, a annoncé jeudi 31 octobre le résultat très attendu de l’arbitrage budgétaire concernant notre ministère, lequel devait initialement « perdre » 487 millions d’euros par rapport à la trajectoire de la loi d’orientation et de programmation 2023-2027 (LOPJ), pourtant votée à une très large majorité en novembre 2023.

    « Récupérer » 250 millions d’euros de crédits est une très bonne nouvelle dans le contexte budgétaire contraint actuel. Mais c’est également une absolue nécessité pour pallier « 30 années d’abandon budgétaire ».

    Cet arbitrage va notamment permettre le respect du schéma d’emploi de magistrats, greffiers et attachés de justice, renforts très attendus en juridiction d’ici 2026, outre la modernisation des grilles indiciaires et des avancées statutaires des personnels judiciaires.

    L’USM soutient activement la démarche d’une justice de qualité, disposant de moyens adaptés pour assumer son rôle constitutionnel et répondre aux attentes de nos concitoyens.

    L’USM exige depuis plusieurs années que la magistrature judiciaire soit reconnue au niveau des magistratures administratives et financières, notamment sur le plan salarial.

    Vous pouvez lire notre communiqué de presse du 1er novembre 2024 ci-après :

  • Envoyé spécial « Les naufragés de la justice »: quelles vérités?

    Envoyé spécial « Les naufragés de la justice »: quelles vérités?

    Nombreux sont ceux qui, parmi nos collègues, nous ont fait part de leur incompréhension à la suite de l’émission Envoyé Spécial de France 2 diffusée le jeudi 25 octobre 2024, consacrée aux « Naufragés de la Justice » et à une « justice qui juge mal et trop lentement », bâtie sur le présupposé qu’un grand nombre de magistrats, largement irresponsables disciplinairement, feraient mal leur travail au prétexte d’un manque de moyens.

    Il n’appartient pas à un syndicat de magistrats de critiquer le choix éditorial de journalistes.

    Il n’appartient pas non plus à un syndicat de magistrats d’apprécier la parole, nécessairement subjective mais toujours instructive et éclairante, de nos concitoyens ou de leurs conseils qui estiment avoir été maltraités par l’institution judiciaire, sa logique comptable, ses limites ou certains de ses représentants possiblement dysfonctionnels.

    En revanche, il appartient aux syndicats de magistrats d’apporter à la fois un autre regard – nos collègues mis en cause étant réduits au silence par leur devoir de réserve – mais aussi des précisions techniques (qui auraient évité des approximations ou contre-vérités), ainsi que la nécessaire contradiction indispensable pour passer du cas d’espèce, aussi tragique soit-il, à une analyse plus systémique.

    A titre d’exemple, il peut être regretté le contre-sens des journalistes du service public sur le reproche fait aux seuls magistrats d’appliquer une circulaire du garde des Sceaux visant au classement d’ampleur d’enquêtes judiciaires, non traitées depuis des années par les services d’enquête saisis, sans interroger l’état des services d’enquête et le choix politique ainsi fait.

    L’USM aurait pu également expliquer comment elle sollicite de longue date de notre ministère la communication du rapport gouvernemental au parlement, en exécution de l’article 22 de la loi organique n°2007-287 du 5 mars 2007 relative au recrutement, à la formation et à la responsabilité des magistrats, sur les actions contre l’Etat pour dysfonctionnement du service public de la justice et notamment pour non-respect du délai raisonnable, dans l’espoir d’analyser ce qui relève de l’absence de moyens, d’une surcharge d’activité ou d’erreurs d’appréciation dans le cadre de l’acte juridictionnel voire de possibles fautes disciplinaires.

    Le président de l’USM a contacté la journaliste autrice de ce reportage, avec laquelle nous avions été en contact, pour lui exprimer notre surprise quant au fait qu’elle n’ait pas jugé utile de nous donner la parole, pour expliquer ou nuancer la réalité judiciaire décrite, en notre qualité de principale organisation syndicale de magistrats. A ce jour, nous n’avons obtenu aucune réponse.

    La Justice en France représente 2% des dépenses de l’État pour gérer des situations inextricables, la Justice prenant le plus souvent la suite d’autres acteurs sociaux, publics ou privés, eux-mêmes dépassés.

    Notre Justice, c’est 3 à 4 fois moins de procureurs, 2 fois moins de juges et de fonctionnaires que dans les pays européens voisins : lire le rapport CEPEJ 2024 où l’on constate que la France est toujours à la traine en Europe.

    Ce sont des professionnels confrontés à un droit de plus en plus complexe et mouvant avec des outils, notamment informatiques, totalement obsolètes.

    Ce sont des services d’enquête ou d’assistance éducative exsangues, des prisons pleines à plus de 200%, conséquence des 30 ans « d’abandon budgétaire » objectivés par les États Généraux de la Justice (relire ici notre newsletter de février 2023 : « 30 ans d’abandon politique, budgétaire et humain, et après ? »).

    Malgré tout, notre Justice continue de fonctionner grâce au dévouement de ceux qui la rendent. Car les chiffres clés de la justice 2024, publiés le 24 octobre 2024, sont vertigineux : en 2023, ce sont 1 911 185 décisions rendues en matière civile et commerciale (dont 185 931 référés), 1 075 662 auteurs d’infractions poursuivis ou ayant réussi une mesure alternative ou une composition pénale, un taux de réponse pénale de 86,9%, 511 928 condamnations pour des délits, 2 221 pour des crimes et 29 702 pour des contraventions, mais aussi 263 752 enfants en danger suivis par les juges des enfants au 31 décembre 2023, 161 316 mineurs auteurs d’infractions pénales, etc.

    Notre Justice, ce sont des montagnes de dossiers du quotidien, mais aussi des procès hors-normes comme les procès « V13 » ou du « vol Paris-Rio » ou actuellement celui des « viols de Mazan », des choix politiques qui influent directement sur le travail des juridictions, avec par exemple une prise en charge rénovée et résolue des violences intrafamiliales à moyens quasi-constants avec nos partenaires pénitentiaires et associatifs, une vraie réflexion sur les modes amiables de résolution des conflits pourtant chronophages ou sur l’équipe autour du magistrat, un statut des magistrats rénové avec la création d’un concours professionnel en « seconde carrière », un serment modernisé et une saisine plus aisée du CSM par les justiciables…

    De tout cela il n’a pas été dit un seul mot. Rien.

    Vous pouvez suivre nos incessantes interventions sur ces sujets :

    https://www.actu-juridique.fr/auteur/ludovic-friat

  • Rapport CEPEJ 2024: La France toujours à la traîne en Europe

    Rapport CEPEJ 2024: La France toujours à la traîne en Europe

    En cette période de discussions budgétaires à l’Assemblée Nationale, l’USM est consultée par les rapporteurs du projet de Loi de Finances 2025. Ces auditions sont l’occasion d’insister sur la situation concrète des juridictions et les attentes fortes des magistrats et personnels judiciaires en termes de moyens, recrutements et outils matériels et informatiques. Le retard accumulé est tel que la situation de notre institution est en effet obérée sur le long terme.

    Les moyens supplémentaires prévus dans la loi d’orientation et de programmation de la Justice du 20 novembre 2023 étaient impératifs mais insuffisants en eux-mêmes pour « réparer » totalement et durablement la Justice en « état de délabrement avancé » après « 30 ans d’abandon budgétaire ». L’annonce que cette trajectoire budgétaire à l’horizon 2027 ne serait pas tenue est donc particulièrement inquiétante, et nous ne pouvons qu’espérer des amendements gouvernementaux attendus qu’ils viennent protéger le budget de la Justice comme celui d’autres domaines régaliens. Nous avons pour notre part plaidé en ce sens.

    A l’appui de notre démonstration nous avons pu mettre en avant notamment la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ), organe du Conseil de l’Europe, qui a publié son étude 2024 sur les « Systèmes judiciaires européens : Rapport d’évaluation de la CEPEJ – Cycle d’évaluation 2024 (données 2022) » le 16 octobre 2024 (à retrouver ici le communiqué de presse et ici le dossier spécial en intégralité ou ici la fiche concernant la France).

    Vous trouverez en cliquant ici notre note reprenant les éléments saillants du rapport concernant la France.

    Sur ce sujet déterminant, l’implication de l’USM et ses interventions sont sans relâche pour que la Justice française dispose enfin d’un budget à la hauteur des enjeux.

    Vous pouvez relire ici notre newsletter de février 2023 sur les annonces post EGJ (Etats généraux de la Justice): « 30 ans d’abandon politique, budgétaire et humain, et après ? »

  • La justice n’a pas de prix mais elle a un coût

    La justice n’a pas de prix mais elle a un coût

    Après un congrès toulousain particulièrement réussi en présence du garde des Sceaux (voir nos articles ici et ici) et alors que la discussion budgétaire s’amorce, l’USM a voulu interpeller les médias pour rappeler que les moyens de la justice française ne sont pas à la hauteur de ses enjeux.

    Si la trajectoire de la loi de programmation est une première étape, encore faut-il qu’elle ne soit pas remise en cause. C’est le sens de ce communiqué de presse.

  • Congrès de l’USM (4) – Diaporama 50 ans de combats syndicaux

    Congrès de l’USM (4) – Diaporama 50 ans de combats syndicaux

    En 2024, l’USM fête ses 50 ans. L’occasion de revenir sur 50 ans de combats syndicaux, évoqués notamment lors d’une table ronde qui a réuni d’anciens présidents du syndicat, mais aussi à travers une rétrospective sous forme d’un diaporama réalisé par l’UR de Toulouse qui organisait ce magnifique congrès.

    Voir ici le diaporama réalisé par Michel Defix.

  • Congrès de l’USM (3) – Tables rondes

    Congrès de l’USM (3) – Tables rondes

    Le congrès annuel est la réunion de l’assemblée générale ordinaire des membres du syndicat, c’est-à-dire de tous ses adhérents. Il s’agit d’une obligation statutaire. C’est l’occasion de rendre compte de l’activité des représentants élus, conseil national et bureau national, pendant l’année écoulée.

    Les comptes-rendus concernent les actions syndicales (rapport moral) et la situation financière du syndicat (rapport financier). Tout syndicat, toute association, a obligation de rendre ainsi des comptes à ses membres chaque année. Vous trouverez notre précédent article concernant le rapport moral de la secrétaire générale Alexandra Vaillant en cliquant ici.

    C’est aussi l’instance compétente pour voter : pour élire ses représentants (président et conseil national) ou des modifications concernant le règlement intérieur, les statuts, ou sur des questions fondamentales concernant le syndicat.

    Mais pas seulement !

    Le congrès annuel est l’occasion pour les membres du syndicat de se retrouver, d’échanger, et de réfléchir à des problématiques diverses. C’est pourquoi chaque congrès a un thème spécifique et propose des interventions d’invités extérieurs afin de débattre sur la thématique choisie.

    En 2024, le congrès est aussi l’occasion d’une fête : notre syndicat a 50 ans !

    Après une belle rétrospective en images, 5 anciens présidents du syndicat, entre 1998 et 2022, sont intervenus pour dresser le bilan de 50 ans de combats syndicaux.

    Valéry Turcey (1998-2002), Dominique Barella (2002-2006), Christophe Régnard (2008-2014), Virginie Duval (2014-2018) et Céline Parisot (2018-2022) ont ainsi pu décrire leur vécu à la tête de l’USM autour 3 mots clés: manifestation, modernisation, médiatisation.

    Une table ronde sur l’évolution du corps de la magistrature, avec la présentation de leurs travaux, par les chercheurs en sociologie Laurent Willemez et Yoann Demoli, s’est tenue également à l’occasion de notre congrès 2024.

    Vous pouvez retrouver leurs travaux ici (conférence IERDJ) et leur livre là.

    Les interventions ont été très appréciées et les échanges avec la salle riches !

    Le congrès s’est terminé par les élections : Ludovic Friat a été réélu à la tête du syndicat et le Conseil National de l’USM renouvelé pour les 2 années à venir.

  • Congrès de l’USM (2) – Discours du président de l’USM et du garde des Sceaux

    Congrès de l’USM (2) – Discours du président de l’USM et du garde des Sceaux

    L’après-midi de ce vendredi 11 octobre 2024 est ouverte à de nombreux invités venus écouter le discours de Ludovic Friat, président de l’USM, suivi du discours de Didier Migaud, garde des Sceaux, ministre de la Justice.

    Ludovic Friat accueille monsieur le ministre : « c’est un honneur mais aussi une vraie exigence dans le dialogue que nous souhaitons avoir avec notre ministère que d’échanger avec le garde des Sceaux, ministre de la Justice. La présence du garde des Sceaux au congrès annuel de l’USM est aussi une vieille tradition, un moment fort de notre vie judiciaire et syndicale. »

    Ludovic Friat brosse rapidement l’histoire de l’USM, énumère les présidents qui se sont succédé à sa tête depuis 1974, rappelle les valeurs fortes défendues sans relâche au fil du temps par l’USM, syndicat apolitique et largement majoritaire – indépendance de la justice, défense des intérêts matériels et moraux des magistrats, défense d’une justice de qualité au service des justiciables – déplorant que « parfois, notre combat ressemble à celui de Sisyphe poussant sa pierre mais, comme l’écrivait Léon Tolstoï : « Les deux guerriers les plus puissants sont la patience et le temps ». »

    Voici les grandes lignes du discours de Ludovic Friat :

    Réponse de Didier Migaud, garde des Sceaux, ministre de la justice :

    Didier Migaud a tenu un discours rassurant. Il s’est dit particulièrement attentif au respect du statut, des droits et des libertés des magistrats et des moyens accordés pour un meilleur fonctionnement de notre justice. Il a dit son attachement au droit syndical, expressément consacré par l’article 10-1 de l’ordonnance statutaire. Le CSM a rappelé que le droit syndical et la liberté d’expression, notamment syndicale, sont reconnus aux magistrats.

    Il a dit aussi son attachement au dialogue social, nous a assurés qu’il serait toujours attentif aux propositions pour améliorer le fonctionnement de notre justice et qu’il savait pouvoir compter sur la démarche constructive de l’USM.

    Le garde des Sceaux a donné le cap : « L’indépendance de la justice est un des piliers de l’état de droit découlant de la séparation des pouvoirs garantie par la Constitution et la CEDH. Les magistrats doivent pouvoir rendre la justice loin de toute pression. Le CSM ne doit porter aucune appréciation disciplinaire sur l’acte juridictionnel qui ne peut être contesté que par les voies de recours juridictionnelles. Je ne cesserai de défendre l’indépendance de la justice, garantie de l’état de droit. »

    Il a néanmoins rappelé qu’il arrive dans un contexte budgétaire très contraint, tout en nous assurant de sa détermination à concrétiser les engagements pris car la justice a trop fait l’objet de sous-investissement et d’abandon par le passé, parce qu’elle manque cruellement des moyens nécessaires à son bon fonctionnement, admettant que, malgré les efforts consentis, la justice n’est pas réparée et qu’il faudra longtemps avant qu’elle le soit. Didier Migaud a affirmé qu’on peut maitriser nos finances publiques sans sacrifier le régalien, que si la justice n’est pas qu’une question de moyens, c’est aussi une question de moyens et qu’elle ne doit pas être sacrifiée sur l’autel des finances publiques. Il s’est dit conscient que les juridictions ont de fortes attentes, de forts besoins. Il nous a affirmé être pleinement mobilisé pour concrétiser les annonces en termes de recrutements de magistrats mais aussi de personnels de justice, ce qui ne doit pas nous empêcher de réfléchir à une amélioration des procédures, des fonctionnements, nous incitant à lui faire part de nos propositions sur ce point.

    Il a insisté sur la nécessaire avancée des réflexions sur les conditions de travail et sur le temps de travail des magistrats. Il a évoqué la charge de travail, dénoncée dans la tribune des 3000, le manque de moyens mis en lumière dans le cadre des EGJ, et les travaux sur la charge de travail des magistrats comme des supports nécessaires des réflexions à mener. Revenant sur les recours contentieux initiés par l’USM, il a répondu avoir à cœur qu’un dialogue plus nourri en amont puisse dégager un consensus et éviter ce genre de recours contentieux.

    Différents thèmes ont été abordés par le ministre :

    Sur la protection des magistrats : Numéro vert, mission SQVT, recrutement de psychologues cliniciens dans les cours d’appel (mention spéciale aux outre-mers). La protection fonctionnelle est aussi un sujet de préoccupation : demande d’octroi plus rapide et plus systématique de la protection fonctionnelle.

    Le ministre s’est dit favorable à la réforme de la grille indiciaire afin de maintenir l’attractivité des fonctions judiciaires, à encourager la mobilité et aligner les rémunérations des magistrats judiciaires sur celles des magistrats administratifs et financiers.

    Sur la criminalité organisée : c’est un risque majeur pour l’état de droit. Les événements récents nous imposent de réagir rapidement et efficacement. Les travaux de la commission d’enquête sénatoriale, le rapport Ricard, ont permis de faire des propositions. Nous allons faire des propositions. La réponse pénale doit intervenir et doit être ferme.

    Sur la surpopulation carcérale : exécution des peines, crédibilité de la réponse pénale, diversifier les mesures d’incarcération. La France compte environ 80000 détenus pour 62000 places… Nous allons poursuivre la construction des 15000 places de prison annoncées.

    Sur la spécificité du droit pénal des mineurs : je ne souhaite pas revenir sur ce principe, garanti par la Constitution. On réfléchit sur la possibilité de créer une CI pour les mineurs de plus de 16 ans, sur la possibilité déjà existante d’écarter l’excuse de minorité, mais toujours dans le respect de l’état de droit. Le traitement des mineurs délinquants impose aussi une réflexion sur la protection de l’enfance et les moyens qui lui sont consacrés.

    En matière civile et commerciale : le 60e anniversaire de la loi de 1966 sur le droit des sociétés, les TAE, la réécriture des textes sur les MARD, la mise en œuvre de la politique de l’amiable, les travaux en droit international privé, la modernisation du droit de l’arbitrage sont autant de sujets à traiter. Ces réflexions nous permettront de poursuivre les travaux sur l’attractivité des fonctions civiles.

    Conclusion du garde : « J’ai confiance en vous, je mesure l’effort de pédagogie et d’information qu’il faut faire auprès de nos concitoyens mais aussi de nos responsables publics. Il faut nous efforcer de renforcer la confiance de nos citoyens dans la justice en expliquant davantage tout ce que représente la justice dans nos démocraties, tout ce qu’elle fait au quotidien dans l’intérêt général pour convaincre que la justice est au fondement de la démocratie et de l’état de droit. Vous pouvez compter sur moi pour le rappeler sans cesse avec la fermeté nécessaire et sans langue de bois. »

  • Congrès de l’USM (1)

    Congrès de l’USM (1)

    C’est parti pour le congrès des 50 ans de l’USM.

    Après un petit déjeuner d’accueil, la matinée est réservée à nos adhérents.

    Après le mot d’accueil de la déléguée régionale de l’UR de Toulouse, Christine Khaznadar, l’assemblée générale de l’USM commence par un discours de notre secrétaire générale, Alexandra Vaillant, qui retrace les actions les plus marquantes de l’année écoulée.

    Voici le plan de son intervention :

  • Le NPJ n°448 09/2024

    Le NPJ n°448 09/2024

    Le dernier mot de la redac-chef :

    Chers collègues, chers lecteurs,

    Je suis la rédactrice en chef du NPJ depuis septembre 2020 (NPJ n°432). Comme ceux qui m’ont précédée, j’ai tenté d’ajouter une touche personnelle à notre revue syndicale en créant notamment une rubrique Monde et une rubrique Culture. Le NPJ, distribué à environ 2200 exemplaires papier chaque trimestre, est également accessible sur notre site internet, dans l’espace réservé aux adhérents.

    Ce NPJ n°448 est mon 17e et dernier numéro puisque je quitte les fonctions de rédactrice en chef au sein du bureau national. J’ai découvert ce rôle de rédactrice en chef en même temps que celui de membre du bureau national de l’USM. Propulsée ainsi dans un double inconnu, j’ai appris un nouveau métier, loin de mon quotidien de magistrat ! J’ai eu plaisir à approcher le monde de la communication, du visuel, de la publication, avec ses règles et termes propres. Ce fut une expérience enrichissante.

    Je remercie les collègues et autres contributeurs qui ont bien voulu écrire des articles pour alimenter notre belle revue.

    Je remercie chaleureusement Véronique Bastien, infographiste, et Dorothée Chapuy, commerciale du Groupe Renard, qui s’occupe de l’impression de nos documentations, pour notre collaboration active, joyeuse et efficace au cours de ces 4 années.

    Je remercie aussi tous les lecteurs du NPJ et je suis certaine que mon/ma successeur(e) poursuivra la modernisation nécessaire de cette revue qui s’inscrit dans l’histoire et l’ADN de notre syndicat.

    Bien à vous,

    Natacha Aubeneau, secrétaire nationale, rédactrice en chef

    Consultez l’intégralité des articles dans votre espace adhérent.

    • Edito du président, Ludovic Friat
    • L’immobilier dans la justice par Fabienne Averty
    • Le TJ de Paris à l’heure olympique, par Cyril Jeanningros
    • La criminalité organisée, par Alexandra Vaillant
    • Critique du film « Le fil », un film de Daniel Auteuil (sortie attendue le 11 septembre 2024)
    • Monde : Interview de Maria Merlino, JAP italienne                      
    • Culture : Expo à la bibliothèque du TJ de Paris ; Le conseil lecture de Cécile Mamelin (les enfants du bagne) 
  • Veille média USM

    Veille média USM

    Déconstruire l’idée d’un « laxisme » de la justice

    Les membres du bureau national de l’USM sont intervenus ces jours derniers dans de nombreux médias pour faire œuvre de pédagogie vis-à-vis des questionnements posés par le meurtre d’une étudiante, Philippine, par un suspect de 22 ans, condamné par le passé pour viol et sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

    Ludovic FRIAT, président de l’USM, et Aurélien MARTINI, secrétaire général adjoint, qui ne peuvent évoquer cette affaire directement, ont essayé de rappeler les principes gouvernant la Justice, notamment le fonctionnement de la chaîne pénale, les mécanismes de l’exécution des peines, les décisions de prolongation des rétentions administratives, afin de faire échec au discours pointant du doigt le laxisme judiciaire.

    En effet, les statistiques disponibles montrent qu’il n’y a jamais eu autant de détenus dans les prisons françaises. Entre 2021 et 2023, le quantum des peines fermes prononcées est passé de 8,2 mois à 10,2 mois. Ces statistiques confirment les propos tenus par le nouveau garde des Sceaux, Didier Migaud, répondant au ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, qui avait estimé qu’il existait en France un droit à « l’inexécution des peines » (ici). Dans le délai de 5 ans, en 2023, 91 % des peines d’emprisonnement ferme (après être devenues exécutoires selon la nature du jugement) sont mises à exécution. 

    La réalité judiciaire est une surpopulation carcérale accrue. Les magistrats appliquent la loi, les mécanismes de réduction de peine, comme les aménagements de peine (automatiques dans certains cas) sont issus des lois votées dans les années précédentes. Pour faire face à la surpopulation carcérale, les décisions sont politiques : le parlement décide de construire des prisons, ou décide de ne pas le faire et d’envisager un mécanisme type « numerus clausus ». Là encore pas de « laxisme » des magistrats français, la France incarcère dans la moyenne européenne (117 détenus pour 100.000 habitants, médiane 104), en France c’est 107 détenus pour 100.000 habitants, mais la France a le 4ème plus fort taux de surpopulation carcérale. Le manque de moyens des services de probation doit également être questionné pour proposer des alternatives efficaces à l’incarcération, tout comme un suivi en détention de nature à prévenir la récidive.

    Ils ont pu également détailler la procédure en matière de droits des étrangers avec une compétence judiciaire limitée et les difficultés en lien avec les questions diplomatiques, notamment pour l’obtention du laisser passer diplomatique. Le juge des libertés et de la détention est soumis à des critères très restrictifs qui s’imposent à lui pour décider ou non de renouveler une rétention administrative (s’agissant du suspect dans l’affaire en cause, le JLD avait déjà prolongé 3 fois la rétention et a refusé la 4e prolongation exceptionnelle en l’absence de réunion des critères légaux de l’article L742-5 CESEDA), au risque sinon d’une détention abusive.

    Vous trouverez ici quelques liens relatifs à ces interventions :

    Linkedin_ludovicfriat_Inexécution des peines, de quoi parle-t-on?

    https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/grille-des-emissions.html  (émission du 25 septembre – créneau 7h10)

    Meurtre de Philippine : cinq questions sur les OQTF et les laissez-passer consulaires (francetvinfo.fr) 

    RTL-meurtre-de-philippine-3-questions-a-ludovic-friat

    France-5/c-a-vous/emission-du-jeudi-26-septembre-2024

    BFMTV_police-justice/mort-de-philippine-il-ne-faut-pas-necessairement-chercher-le-responsable-au-niveau-judiciaire-estime-ludovic-friat-president-de-l-union-syndicale-des-magistrats